‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 16 sur 78 · EPITRE II SUR L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

EPITRE II SUR L'AUTOMNE

SUIVONS les ménades ; Dans leurs promenades, Amis, rendons-nous.

Bientôt les pléiades, L'aquilon jaloux, Fondant des montagnes, Viendront tour à tour Faire à nos campagnes Sentir leur retour.

La seule Pomone, Sous ce frais berceau.

Rit et se couronne D'un pampre nouveau.

Du nectar qui coule, Versé par ses mains S'abreuve une foule

Épîtres, 139

De jeunes sylvains, Qui, dans ces jardins, Du pesant Silène Soutiennent à peine Les pas incertains.

Suspends ton étude;

Viens, loin des neuf Sœurs,

Goûter les douceurs

De ma solitude.

Esclave avec moi.

Du vainqueur de FInde

Que le dieu du Pinde

Subisse la loi.

Si tu ne peux vivre

Sans un Apollon,

C'est Anacréon,

Ami, qu'il Êiut suivre.

Apprends à monter

Ta galante lyre.

Si tu veux chanter.

Que Bacchus t'inspire

Le tendre délire

Qui, cher à Thémire,

S'en fait écouter.

Parmi nos convives.

Invitons l'Amour ; Qu'il vienne à son tour Recevoir sur ces rives Cythère et sa cour.

140 Poésies de Gentil^Bernard.

Couché sous la treille.

Si quelqu'un sommeille, Par un tendre effort, L'Amour le réveille Quand Bacchus l'endort.

Ami d'Épicure, J'en suis les leçons ; Comme lui j'épure Les utiles dons Que fait la nature A ses nourrissons.

D'une ardeuf extrême Le temps nous poursuit :

Détruit par lui-même, Par lui reproduit ; Plus léger qu'Éole, Il naît et s'envole, Renaît et s'enfuit Qu'un prompt sacrifice Fixe le caprice Du vieillard jaloux ; Qu'au milieu de nous Ce dieu taciturne Perde son courroux.

Du vin de cette urne Enivrons Saturne.

Désormais plus lent.

Ce dieu turbulent.

Pour reprendre haleine,

Epi très. 141

Suivra de Silène Le pas nonchalant.

Ce lieu solitaire Est le sanctuaire Où, libre d'ennui, Je dois aujourd'hui Immoler. les craintes.

Les soins, les contraintes £t les vains désira; . Tyrans des plaisirs.

Déjà sous la tonne, La coupe à la main, Hébé me couronne .

D'un lierre divin, Et Cornus ordonne L'apprêt du festin.

Les nymphes accourent; Les faunes m'entourent ; Le vin va couler ; L'encens va brûler; La victime est prête.

On va l'immoler.

Ami, qui t'arrête?

Thémire, avec moi, Pour ouvrir la fête.

N'attend plus que toi.

Page 1