‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 17 sur 78 · ÉPITRE III LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

ÉPITRE III LE PRINTEMPS

SUR l'herbage tendre^ Le ciel vient d'étendre Un tapis de fleurs.

Et l'Aurore arrose De ses tendres pleurs, De la jeune rose.

Les vives couleurs.

Déjà Philomèle Ranime ses chants, £t l'onde se mêle A ses sons touchants.

Sur un lit de mousse, Les Amours, au frais.

Aiguisent des traits Qu'avec peine émousse La froide raison,

Épi très. 143

Qui croit qu'elle règne, Quand elle dédaigne La belle saison.

Nos berceaux se couvrent Du souple jasmin ; Nos yeux y découvrent Le riant chemin Par où le mystère, Servant nos désirs, Nous mène à Cythère Chercher les plaisirs.

Oui, de la nature La vive peinture N'est pas sans dessein.

Tant de fleurs nouvelles, Qui de tant de belles Vont orner le sein ; Le tendre ramage Des jeunes oiseaux; Le doux bruit des eaux.

Tout offre rimage D'un aimable dieu ; Tout lui rend hommage.

Dans un si beau lieu, Tout y peint son feu; Hélas ! quel dommage Qu'il dure si peu !

Il pénètre l'âme,

144 Poésies de Gentil-Bernard,

Ce feu trop subtil

Mais pourquoi faut-il Que de cette flamme Qui ^int le printemps.

Tout en même temps Trace à notre vue La légèreté, Souvent imprévue Chez la volupté !

L'onde fugitive, A Tâme attentive.

Peint à petit bruit L'ardeur passagère, Dont l'éclat séduit Plus d'une bergère Que l'amour conduit.

L'haleine légère Du zéphyr badin.

Qui, dans ce jardin, Vole autour de Flore ; Du vif incarnat Qu'elle fait éclore, Le frivole éclat; De l'oiseau volage Les accords légers Peignent du bel âge Les feux passagers.

Tout ce qui respire, Nous dit en ce temps :

Épîtres. 145

Uamoureux empire Est un vrai printemps ; Il plaît, il enchante; On l'aime, on le chante; Soins trop superflus I Vaut-il ce qu'il coûte ?

A peine on le goûte, Qu'il n'est déjà plus.

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