L'AMANT JALOUX
Sous ces myrtes, sur ces roses.
Quel est ce lit conjugal ?
Que vois-je ! oh ciel I tu reposes Dans les bras de mon rivai 1 Églé, perfide, inhumaine, L'hymen a serré ta chaîne.
II allume ses flambeaux ; Et pour augmenter ma peine.
Il laisse ouverts tes rideaux.
Un autre, oh ciel ! quels supplices !
Quels traits jaloux je ressens I Dans Tabîme des délices, Un autre a plongé tes sens I Enivré de sa conquête.
L'insensé croit voir la fête Durer autant que ses jours, Sans songer à la tempête Qui gronde sur ses amours.
2^o Poésies de Gentil-Bernard,
Bientôt Hélène enchaînée, Lasse des lois d'un époux, Dans la coupe d'hyménée Boit le poison des dégoûts.
Malheureux, crains cet augure ; Uinfîdélité f assure Le même destin qu'à moi.
Crois qu'une amante parjure Fait une épouse sans foi.
Achève, hymen, ton ouvrage.
Églé, bientôt dans tes bras, Perdra l'éclat du bel âge, Verra flétrir ses appas.
Les beautés que tu couronnes Des tristes fruits que tu donnes Pleurent souvent plus d'un jour ; Et sans respect tu moissonnes Des fleurs qu'eût gardé l'Amour.
Console-toi donc, mon âme; Ce couple heureux gémira :
Je verrai mourir leur flamme, Et mon tourment finira.
Ma gaîté se renouvelle ; Sur le front de l'infidèle Laissons passer mon ennui :
Le temps me vengera d'elle, Et l'inconstance de lui.