CLIMÈNE
JE vois Climène chaque jour :
Tu veux que je porte sa chaîne.
Mais, hélas 1 connois-tu Climène ?
Son cœur est-il fait pour Tamour ?
J'ai caché, j'ai voulu contraindre Un feu qui doit l'effaroucher :
Ah I tout mon tourment est de craindre Que son cœur n'ait rien à cacher.
Je l'aime, sa beauté me touche ; Mais par son maintien confondu.
Je sens mon aveu suspendu, Qui reste glacé sur ma bouche.
Dans ce commerce circonspect, Jusqu'au nom d'amour est Tin crime;
258 Poésies de Gentil'Bernard.
C'est le grand terme du respect Payé d'un petit mot d'estime.
Si je risque quelques soupirs, S'il &ut que Climène réponde.
Par l'estime la plus profonde Elle croit combler mes désirs.
Cest la suprême indifférence, Cest le nord glacé des amours.
Ah I je sens, malgré ma constance.
Qu'elle m'estimera toujours.
Vain retour, estime cruelle.
Ce mot excite mon courroux !
L'ingrate, que ne garde-t-elle Son estime pour son époux 1