‹ Poésies choisies de Gentil-Bernard;Chapitre 49 sur 78 · CLIMÈNE · texte numérisé non relu

CLIMÈNE

JE vois Climène chaque jour :

Tu veux que je porte sa chaîne.

Mais, hélas 1 connois-tu Climène ?

Son cœur est-il fait pour Tamour ?

J'ai caché, j'ai voulu contraindre Un feu qui doit l'effaroucher :

Ah I tout mon tourment est de craindre Que son cœur n'ait rien à cacher.

Je l'aime, sa beauté me touche ; Mais par son maintien confondu.

Je sens mon aveu suspendu, Qui reste glacé sur ma bouche.

Dans ce commerce circonspect, Jusqu'au nom d'amour est Tin crime;

258 Poésies de Gentil'Bernard.

C'est le grand terme du respect Payé d'un petit mot d'estime.

Si je risque quelques soupirs, S'il &ut que Climène réponde.

Par l'estime la plus profonde Elle croit combler mes désirs.

Cest la suprême indifférence, Cest le nord glacé des amours.

Ah I je sens, malgré ma constance.

Qu'elle m'estimera toujours.

Vain retour, estime cruelle.

Ce mot excite mon courroux !

L'ingrate, que ne garde-t-elle Son estime pour son époux 1

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