‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 12 sur 361 · XX VIE DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XX VIE DE PIERRE DE RONSARD

ce qui rincita encor. outre le conseil de soa précepteur, k tourner en franoois le Plutus d*Aristophane et le faire représenter en public au théâtre de Goqueret, qui fut la première comédie françoise jouée en France.

Mais Ronsard, qui n*avoit ny faute de cœur ny d'enthousiasme pour monstrer que la poésie estoit née avec luy en France, osa passer plus avant et pria Dorât de lui ouvrir le chemin d*Homere, de Pindare et de Lycophron. Une vid pas si tost le passage ouvert qu*il se ûi maislre de la cam^ pagne. Voyant que nostre langue estoit pauvre, il tascha de la défricher et enrichir, inventant mots nouveaux, rappelant et provignant les vieux, adoptant les estrangers et la revestant de propres epithetes et de mots heureusement composez à la façon des Grecs; bref il traça le chemin pour aller chercher des trésors en plus d'un lieu et suppléer à la nécessité. H essaya premièrement à se rompre, façonner ei fortifier sur la lyre d'Horace, lequel tant s*en faut qu'en le lisant et pratiquant en nostre langue il se desbauchast d'oser quelque chose après Pindare, que cela luy servit d'aiguillon pour l'entreprendre, estimant l'esprit françois capable de toute perfection... 11 commença donc alors à pourpeuser de grands desseins pour mettre nostre langue hors d'enfance, ayant fait provision de toutes matières nécessaires, car d'un costé il avoit leu les autheurs Grecs et Latins avec tel ménage, qu'il ne se pouvoit présenter sujet dont il n'eust remarqué quelque excellent trait des Anciens; d'ailleurs il avoit couru suffisamment la philosophie en toutes ses parties; et, pour l'elegance des paroles, il n'y avoit mot propre en nostre langue qu'il n'eust curieusement recherché, ne desdaignant daller aux boutiques des artisans et pratiquer toutes sortes de mestiers pour apprendre leurs termes, prenant garde aux moindres choses tant naturelles que celles où l'artifice des hommes se rend admirable, faisant son profit de toutes.

Environ ce temps, qui estoit l'an mil cinq cens quarante neuf, ainsi qu'il retournoit d'un voyage de Poictiers à Paris, de fortune il se rencontra en une mesme hostellerie avec Joachim du Bellay, jeune gentil-homme angevin... Ils se firent cognoistre l'un à l'autre pourestre nonseulement alliez de parenlage, mais de mesme inclination aux Muses,

aui fut cause qu'ils achevèrent le voyage ensemble; et epuis l'attira Ronsard à demeurer avec luy et Balf, pour en cest heureux triumvirat, et à la semonce les uns des autres, donner effet à l'ardent désir qu'ils avoient de resveiller la poésie françoise, avant eux foible et languis-

\TE DE PIERRE DE RONSARD. xxt

santé i... CfestoH à qui mieux mieux feroil, lantosl sur le soject d'jimour, qui des lors quitta Tltalie pour voler eu France, tantost sur quelque autre suject que le temps leur presentoit. Comme Ronsard, qui ne pouvoit plus se tenir en ses bornes, fil premièrement voir le jour à TEpitha* lame sur le mariage de monsieur de Vandome, qui espousa madame Jeanne d'Albret, royne de Navarre, puis un PoSme sur rentrée du roy à Paris qu*il a supprime, qui fùl suivy de THymne de la Paix ; BaTf aussi en mesme temps mit en lumière le Poéme de la Paix et le Ravissement d'Europe. Depuis Ronsard s'estant énamouré d'une belle fille blesienne qui avoit nom Gassandre, le vingt unième Jour d'avril en un voyage qu*ll fit à Bloisoù estoit la cour, ayant lors attaint Tâge de vingt ans, résolut de la chanter, tant pour la beauté du suject que du nom, dont il fût espris aussitost qu'il Teut veue, ainsi que par un instinct divinement inspiré, ce qu'il semble ^ssez vouloir donner il cognoistre par ceste devise qu'il priot alors : Q2 I AON Q2 EMANHN»...

Ainsi que le bruit couroit des Amours de Gassandre et de quatre livres d'Odes, que j& Ronsard promettoit & la façon de Pindare et d'Horace, comme le plus souvent les bons esprits sont jaloux les uns des autres, du Bellay, qui avoit sur le mesme suject d'amour chanté son Olive, après luy voulul s'essayer aux odes sur l'invention et crayon de celles de Ronsard qu'il trouva moyen de tirer et de voir saps son 9ceu ; il en composa quelques unes, lesquelles av^c quelques sonqels sans mot dire, pensant prévenir la rçpQnfiipé^ ÛQ Ronsard, il mit en lumière sous le nom de rççuçil de poësie % qui engendra en Ronsard sinon une Çntie k tout le moins upe raisonnable jalousie contre du Bellay, jusques ^ intep(er action contre luv pour le recouvrement de ses papiers, lesquels ayant retire pardroit. non seulement ils quittèrent leur querelle, mais, Ronsard ayant incité du Bellay à continuer ses odes, redoublèrent leur amitié... Mais, après quil eut fait voir le jour à ses Amours et à quatre livres d'Odes S à ceste naissante gloire de Ronsard s'opposa un gros escadron de petits rimeurs de la cour, qui pour avoir fait un petit sonnet pe-

1. La Deffence et iUuttratUm de la langue frmiçoyêe, par JoAcbim da BelUj, parât à Paris en 1549.

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