XXII VIE DE PIERRE DB RONSARD
trarquisé, un dizain ou un rondeau avec le refrain mal à propos pensoient avoir seul mérité tous les lauriers d'Apollon. Le chef de caste bande fut Melin... de Saint- Gelais... qui, pour sçavoir plus que les autres et avoir acquis beaucoup de crédit envers les grands et principalement auprès du roy, osa bien se descouvrir... : en pleine assemblée devant le roy il calomnia les œuvres de Ronsard. Mais quoy! un grand poète comme cesluy-ci ne devoit pas avoir moins de Zoïles et de Carbiles qu*Homere et Virgile puisqu'il devoit succéder à pareille louange. Il a louché luy-mesme ceste querelle en Thymme qu'il fit après la mort de madame Marguerite, royne de Navarre, ou se lisoit autrefois sur la fin :
Ecarte loin de mon chef Tout malheur et tout meschef, Préserve moj d'in£a.mie De toute langue ennemie, Et de tout acte malin, Et fay que devant mon prince Désormais plus ne me pince La tenaille de Melin.
Mais en faveur de Saint-Gelais, qui rechercha depuis son amilié, il ne changea pas seulement ces vers qui se lisent aujourd*huy autrement ^ mais l'honora de tiltres et louanges non communes par ses escrits, tcsmoignages de sa naturelle candeur, rappelant le premier des mieux appris. Ceux qui n*avoient occasion de se reprendre, sMls n accusoient leur ignorance, avoient recours aux sornettes et mocqueries, lisans au roy ses vers tronquez et les prononçant de mauvaise grâce, mesmes les mots non communs d'une ignorance et courtisane impudence, et faisans courir contré luy leurs calomnieux et fades escrits...
Voyant que la docte obscurité, dont on le blasmoit, venoit de Tignorance de ceux qui lisoieni ses œuvres, il délibéra d*escrire en stile plus facile les Amours de Marie, qui estoit une belle fille d'Anjou et laquelle il entend souvent sous le nom de Pin de Bourgueil, parce que c*est le lieu où elle demeuroit et où il la vid premièrement, s*estant trouvé là avec un sien amy qui estoit Baïf. Il Ta fort aimée açrès avoir faict Tamour à Gassandre dix ans et icelle quittée par quelque jalousie conçeue. Quant aux
1. Dans les édlt. suivantes, la tenaiUe de MeUin est remplacée par le caquet des enviewc, V. éd. Bl., II, p. 326.
ME DE PIERRE DE RONSARD, x\i«
ABOars de Mirie, U s^trrareassex de soddms que le peu tfVUfiee ei la pnrp simplicilé k U CaluIlieDne rN>c^mmaiidcDlbeiacoDp. Mais à fin d'osier touie ol^scunlo, M. Asthoine de Muret ei Remy Belleau drcssereci de« aunoutiOBS sor la jiremiere el seooDde partie de5 Amours^.
Il sonloil dîne qoe ces courtisans en\ ioui ncssomMoienl au Bastins qui cherciient à mordre la pierre qu'ils ne peimBl digérer. Toutes ces calomnies rossemblerenl aui boailleUes que la violence d'une pluye fait boursoufler sur Tean, qui se crcTent aussitost quelles sont en|î^^ndrees el ne laissent nucone marque d'avoir esté-, ou ci^mme des noes qoi, enflées du brouillas d'une uuict, sVxanouissenl au nifnnsdece soleil, par le moyen du soustien qu'eut sa Tertu des plus grands esprits de la France et prinri)\ale* ment deeeste unique Marguerite*, qui fut depuis d ucJie^se de Savoye, laquelle .comme princesse t^^s- vertueuse et sçavanle) fit changer d*opinionau roy, qui depuis giuisia tellement la beauté des œuvres de Rousard qu'il estima il grand bonneur d'avoir un si bel esprit en son royaume : et de U le gratifia et dlionneurs et de biens assez amplement el de pension ordinaire... Ce grand Caton de nostre Age, Nichei de lHospital, lors chancelier de cette dame el depuis de France, entreprit aussi la defeuce do Ronsard. Kt défait fit une très-docte clegie latine en sou nom. où il respond à toutes les calomnies... Geste brigade do mu|iUots ignorans quiavoientgaigné quelque crtklit plus par opinion que par raison et qui nefaisoient rien trouver de bun aux princes que ce qui leur plaisoit, ne fut pas nlustosl défaite par r^de de ceste Pallas française et par les vers et delence de ce grand chancelier que toute la France commença d^crabrasserun Ronsard, mesmes ses ennemis, entre autres Melin de Sainct-Gelais qui chanta une i^alinodie et requit Ronsard d*amitié, laquelle, comme il estoit d*un cœur fort noble et bénin, il ne refusa pas, ains au contraire la confirma par le seau perdurable de ses vera en oesteode :
Toasjoara ne tempeste, enragée, Contre ses bords U mer Egée, etc.
Sa gloire s*estant augmentée par les mcsdisances de ses haineux, et le cœur luy ayant enflé, il résolut h Thonneur du roy Henry et de ses devanciers roys dVscrire la Franciade à Timitation d'Homère et de Virgile, lesquels il se proposa pour patrons avec Apolloine Rhodien, et la pro-