Clarté (L., rem.; J. Gl.), Son 9. Apollonius. III
Flatte sa joue, et ainsi luy va dire :
« Mon fils, ma vie^ Amour, mon petit roy.
Tu es mon tout, je ne puis rien sans toy, Ni toy sans moy; mais sous nous deux ensemble * Il n'y a dieu si puissant qui ne tremble.
Laisse tout seul jouer ton compagnon»
Embrasse-moy, baise-moy, mon mignon.
Pends à mon col ; mon fîis, je te pardonne Tous les tourmens que ta flèche me donne, Tous les ennuis, tous les maux infinis Pour les amours d'Anchise et d'Adonis.
Si de ton trait tu blesses la pensée, L'ame et le cœur des filles de Dicée Pour Francien, Troyen digne d'avoir, Tant il est beau, faveur de ton pouvoir, Je te don'rayS pour te servir de page, Le Jeu mignard qui te ressemble d'âge, Fin comme toy, de qui les petits dois Tous enfantins porteront ton carquois.
Et ton bel arc qui*le monde conqueste'; Il sera tien si tu fais ma requeste. »
Adonc* Venus le mit en son giron.
Roses et lis espanche à l'environ De sa perruque *, et l'endort en sa robe, Puis finement de son fils.se desrobe.
S'envole en Cypre, où son temple en tous temps Voit ses autels chargés d'un beau printemps.
A-tant5 Amour du sommeil se secoue.
Ses blonds cheveux arrangea sur sa joue, Une double aile à son dos attacha, Du prochain myrthe en sautant décrocha Son plein carquojs; il empoigne en la dextre L'arc, et des dieux et des hommes le maistre; Puis, s'eslançant hors la porte des cieux,
1. Accourcissement des verbes 2. Encore dans Malherbe, longs (Ronsard, Abr. de l'art 3. Alors*.
poétique). D'ailleurs fréq. jadis 4. Chevelure*. iBorg. Gr., II, $91). 5. Alors*.
En-demené ^ fretillard ' et joyeux, Se rue en Tair ; le ciel, Tonde et la terre Luy font honneur ; Zephyre, qui desserre Sa douce baleine odorante à l'entour, Tout amoureux va convoyant Amour.
Ce petit dieu, qui trompe la cervelle Des plus rusez, prit semblance nouvelle.
Se hérissant en la forme d'un tan (Fier animal), qui au retour de l'an.
Quand le printemps rameine ses délices, Parmy les prez fait courir les génisses ; Aux yeux de tous fut invisible, puis S'alla cacher dessous le seuil de l'huis Joignant la porte où le prince Dicée, Superbe, avait Sa demeure dressée.
Tandis ^ Francus, secouant en la main Un javelot à la pointe d'airain, Ayant au col sa targue * à mainte houpe.
Vers le chasteau mena sa jeune troupe.
Venus la belle, au départir des bords, Songneuse d'eux, emmentela ^ leurjs corps D'une nueuse^ et obscure couronne.
Pour n'estre veus ni cognus de personne.
Quand au palais Francien arriva.
Loin de leur corps l'air espais se creva.
Et leur figure est propre revenue.
Comme astres clairs devêstus d'une nue.
Ce jour Francus à merveille estoit beau :
Son jeune corps semblait un renouveau, Lequel estend sa robe bien pourprée Deiisus les fleurs d'une gemmeuse^ prée; La grâce estoit à l'entour de ses yeux.
De front, de taille, égal aux demy-dieux... [76]