‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 198 sur 361 · Nage · texte numérisé non relu

Nage

(Francas met le feu au bûcher, offre ses cheveux en sacrifice et adresse à son ami ses derniers adieux.)

• Nous n'irons plus, comme nous soûlions^ faire, Tous deux seulets en un lieu solitaire, Loing de la troupe ensemble deviser; D'un dur sommeil il te faut reposer.

La mort te tient de silence suivie, Et maugré moy je traine ceste vie, Qui m'estoit douce alors que je pouvois Voir ton visage et entendre ta voix.

Soulagement de ma fortune extresme.

Cher compagnon, ainçois^ second moy-mesme.

Je te suppJy, ne te fasches de quoy Plus grands présents tu n'as receu de moy, Qui suis banny sans foyer et sans terre.

Qui pour partage ay la mer et la guerre. » ... [6]

A-tant 3 se teut. Les larmes respandues Dessus la face en roulant descendues.

L'une sur l'autre à gouttes se hastoient, Et les souspirs l'estomac lui battoient, Blasmant la mort d'une plainte profonde.

Qui rien de bon ne laisse vivre au monde. . . [98]

(Les nobles sentiments de Franrus ne font qu^exciter la passion des deux sœurs. Clymène en est obsédée ; la nuit elle ne peut trouver ni repQs, ni sommeil. L'image de Francus la poursuit.)

Tout en sursaut elle s'est resveillée, Nuds pieds, sans robe, affreuse, eschevelée ; Puis s'accoudant dessus le coin d'un banc.

Mille soupirs repoussa de son flanc... [12]

Comme au printemps on void une genicé, Qui n'a le col courbé sous le service Du premier, joug, courir parmy les champs, A qui la taon aux aiguillons tranchans Pique le flanc et la pousse en furie * ;

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