Prudent, avisé
Monstrent au front une ame nonchalante.
Ah ! malheureux ! ils seront fils des tiens^
Germe maudit, Troyennes, non Troyens;
Qui tant s'en faut qu'ils soient en France dignes
D'avoir au chef les couronnes insignes,
Qu'ils ne sont pas, pestes du genre humain,
Dignes d'avoir l'aiguillon en la main :
Rois sans honneur, sans cœur, sans entreprise.
Dont la vertu sera la paillardise.
Leur beau royaume, acquis par le harnois ^
De tant d'ayeux très-invincibles rois,
Par la sueur de tant de capitaines,
Par sang, par fer, par discours et par peines.
En peu de jours tombé de sa vigueur.
Ah ! fier destin ! perdra puissance et cœur.
Ne vois-tu pas comme Clovis en pleure?
Tay-loy, grand roy : rien çà-bas * ne demeure
En son entier ; tant plus le sceptre est haut.
Et plus il tombe à terre d'un grand saut.
« Ces rois hideux en longue barbe espesse.
En longs cheveux ornez presse sur presse ^ De chaisnes d'or et de carquans * gravez.
Hauts dans un char en triomphe élevez Une fois l'an se feront voir en pompe.
Enflez d'un fard qui le vulgaire trompe.
Quittant leur sceptre aux maires du palais.
Dont ils seront esclaves et valets, Masques de rois, idoles animées, Et non pasteurs ny princes des armées.
Qui se verront, honnis de voluptez.
De leurs vassaux à la fin surmontez.
Appren, Troyen, comme un lasche courage Perd en un jour son sceptre et son lignage.
Il ne faut estre aux affaires rétif:
La royauté est un mestier actif. »... [148]