RESPONCE AUX VERS PRECEDENTS
Charles, tel que je suis vous serez quelque jour ; L'âge vole tousjours sans espoir de retour ; Et, comme hors des dents la parole sortie Ne retourne jamais après qu'elle est partie.
Ainsi Tàge de Thomme après qu'il est passé Ne retourne jamais quand il nous a laissé.
Voyez au mois de may sur l'espine la rose :
Au matin un bouton, à vespre * elle est esclose, Sur le soir elle meurt ! ô belle fleur, ainsi Un jour est ta naissance et ton trespas aussi .
Si chasteaux^ si citez de marbres estofées 2, Si empires, si rois, si superbes trofées Vieillissent, je puis bien, en imitant le cours De nature, décroistre, et voir vieillir mes jours.
Je vous passe, mon roy, de vingt et deux années, Mais les vostres seront si soudain retournées, Qu'au prix du long séjour que fait l'éternité. Qui les siècles dévore en son infinité, Vingt, trente, quarante ans accomparés, res^mblent Un grain près d'un monceau où tantde grains s'assemblent; Et qui meurt ce jourd'huy, soit riche ou souffreteux, Quant à l'éternité, meurt à l'égal de ceux Qu'engloutit le déluge en l'eau démesurée.
Tout terme qui finit n'a pas longue durée.
Et soit tost ou soit tard il faut voir le trespas. Et descendre au parquet des juges de là-bas.
Heureux, trois fois heureux, si vous aviez mon âge ! Vous seriez délivré de l'importune rage Des chaudes passions, dont l'homme ne vit franc Quand son gaillard printemps luy eschaufTe le sang.
1. A la tombée du jour (N). (L., hist.; Ste-Beuve, N. L., XIII