‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 214 sur 361 · Au fig., habillées amplement p. 400, ex. de Malherbe · texte numérisé non relu

Au fig., habillées amplement p. 400, ex. de Malherbe

De là l'ambition, de là la convoitise.

De là vient la chaleur que Venus nous attise. Et rire qui abbat le fort de la raison.

Ennemis incognus du bon père grison.

Vous verriez, mon grand prince, en barbe vénérable, Vostre race royale autour de vostre table.

Comme jeunes lauriers ; et, monarque puissant. Vous verriez dessous vous le peuple obéissant, Vostre espargne fournie, et vos villes françoises, Terres, havres et ports, loin de civiles noises ; Riche d'honneur, de paix et de biens plantureux. Et vieillard, vous seriez plus qu'en jeunesse heureux.

Il ne faut estimer que la mère Nature Les saisons des humains ordonne à l'avanture, Comme un meschant comique ^ en son théâtre fait Le premier acte bon, le dernier imparfait ; Elle compose tout d'une meure 2 sagesse ; Si la jeunesse est bonne, aussi est la vieillesse.

La jeunesse est gaillarde et discourt librement, Vieillesse a la raison, l'esprit, le jugement; L'une a l'opinion et l'autre la prudence ; L'une aime le bon vin, le bon lict, le bon feu. Ainsi toute saison diffère de bien peu.

Et presque l'une à l'autre h l'égal se rapporte ; Chacune a son plaisir, mais de diverse sorte.

Pourquoy en vous moquant me faictes vous ce tort De m'appeler voisin des ombres de la mort.

Et de me peindre aux yeux une fin si prochaine. Quand de mon chaud esté je ne sors qu'à grand peine. Je n'entre qu'en autonne, et ne puis arriver De quinze ou de seize ans aux jours de mon hyver, Et vous puis (si le ciel à ma vie est propice) Faire encore long-temps agréable service ?

Et quand le corps seroit de trop d'âge donté. L'âge ne peut forcer la bonne volonté.

De force et de vigueur mal-gré moy je vous cède ;

1 Poète comiqae. 2. Pr.mûre(Régiiier-Desmarais),

Vous possédez la fleur, Tescorce je possède ; Et je vous cède encore en généreux esprit.

Qui m'appelle au combat par un royal escrit.

Et bref, s'il vous plaisoit un peu prendre la peine De courtiser la Muse, et boire en la fontaine Fille de ce cheval qui fîst sourcer ' le mont. Tout seul vous raviriez les lauriers de mon front, Un second roy François 3; de là viendroit ma gloire : Estre vaincu d'un roi, c'est gaigner la victoire.

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