‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 216 sur 361 · AUDIT SEIGNEUR ROY · texte numérisé non relu

AUDIT SEIGNEUR ROY

Encor' que la nature en naissant Tait fait prince, Monarque d'une" grande et fertile province; Ou*il ait dès son enfance avec le laict succé L honneur qui son renom aux astres a poussé.

Voire * et que sa vertu, qui la terre environne, Luy mette sur le front une double couronne; Encor* que sa jeunesse, avant que son menton Se frisast de la fleur de son premier cotton. Ait. chargé du harnois, deux batailles 3 gaignées, Remis sur les autels les messes dédaignées.

Rendu la révérence aux images brisez, Assemblé en accord ses peuples divisez,

1. Le Bocage roycU^ composé à prend 26 pièces diverses, épilires,

Pimitation des Silves de Stace, élégies, etc.

parut pour la première fois en 2. Certes".

1554. Augmenté dans les édit. 3. Les batailles de Jamac et de

successives qui suivirent, il com- Moncontour.

Et, sans bouffir son cœur d'une noire colère,

A tous se soit nionstré non pas prince, mais père,

Il ne doit se fascher si le publique son

De ma trompe luy chante encore une chanson... [12]

Si tost le gouvernail ne tourne la navire, Errante au gré des vents, que le peuple se vire Vers les mœurs de son prince, et tasche d'imiter Le roy qui va devant afin de l'inviter... [16]

Quand le jeune phénix sur son espaule tendre Porte le lit funèbre et l'odoreuse ^ cendre, Ueliques 2 de son père, et plante en appareil Le tombeau paternel au temple du soleil, Les oyseauz esbahis, en quelque part qu'il nage. De ses ailes ramant, admirent son image, Non pour 8 luy voir le corps de mille couleurs peint. Non pour le voir si beau, mais pour ce qu'il est saint, Oyseau religieux aux mânes de son père.

Tant de la pieté nature, bonne mère, A planté dès le naistre en l'air et dans les eaux La vivace semence au cœur des animaux !

Donques le peuple suit les traces de son maistre ; Il pend * de ses façons, il l'imite, et veut estre Son disciple, et tousjours pour exemple l'avoir. Et se former en luy ainsi qu'en un miroir... [16]

C'est alors que le prince en vertus va devant ; Qu'il montre le chemin au peuple le suivant ; Qu'il faict ce qu'il commande, et de la loi suprême Rend la rigueur plus douce obéissant luy-mesme Et tant il est d'honneur et de louange espoint. Que, pardonnant à tous, ne se pardonne point.

Quel sujet ne seroit dévot et charitable Sous un roy pieteux ^ ? Quel sujet misérable Voudroit de ses ayeux consommer les thresors, Pour, homme, effeminer par délices son corps

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