‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 271 sur 361 · A J. HURAULT, SIEUR DE LA PITARDIÈRE · texte numérisé non relu

A J. HURAULT, SIEUR DE LA PITARDIÈRE

Voici le temps, Hurault, qui joyeux nous convie Par Tamour, par le vin, d'csbatre notre vie.

L'an reprend sa jeunesse et nous montre comment Il faut ainsi que luy rajeunir doucement.

Ne vois-tu pas, Hurault, ces jeunes arondelles^, Ces pigeons tremoussans et du bec et des ailes?... [16] Ne vois-tu d'autre part les nymphes en ces prez Esmaillés, peinturez, verdurez, diaprez, D'un poulce délicat moissonner les fleurettes Qui dévoient estre proye aux gentilles aveltes «% Lesquelles en volant de sillons en sillons, De jardins en jardins avec les papillons, A petits branles * d'ailes amassent^ mesnageres,

1. Malhear, mésaventure (N.; 2. Hirondelles*. L.; Palsg.,215; Bnrg. Gl.; Ro- 3. Abeilles*, quef.; etc.). 4. Secousses. V, Branler.

Des printanieres fleurs les odeurs passagères? Cela nous admoneste en ces mois si plaisans De ne frauder en rien l'usufruit de nos ans ; Voicy la mort qui vient, la vieille rechignée, D'une suite de maux tousjours accompagnée.

Il faut en despit d'elle empoigner le plaisir. Pendant ce mois de may, où l'âge et le loisir Réveillent nostre sang, qui jeunement bouillonne Et aux plaisirs mignards tous nos sens aiguillonne... [20]

Page 1