‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 288 sur 361 · HYMNE DE L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

HYMNE DE L'AUTOMNE

A CLAUDE DE l'aUBESPINE

Le jour que je fu né, Apollon, qui préside Aux Muses, me servit en ce monde de guide, M'anima d'un esprit subtil et vigoureux.

Et me fit de science et d'honneur amoureux.

En lieu des grands trésors et des richesses vaines. Qui aveuglent les yeux des personnes humaines, Me donna pour partage une fureur d'esprit, Et l'art de bien coucher ma verve par escrit.

Il me haussa le cœur, haussa la fantasie, M'inspirant dedans l'ame un don de poésie.

Que Dieu n'a concédé qu'à l'esprit agité Des poignans aiguillons de sa divinité.

Quand l'homme en est touché, il devient un prophète. Il prédit toute chose avant qu'elle soit faite, Il cognoist la nature et les secrets des cieux. Et d'un esprit bouillant s'élève entre les dieux.

Il cognoist la vertu des herbes et des pierres. Il enferme les vents, et charme les tonnerres ; Sciences que le peuple admire, et ne sçait pas Que Dieu les va donnant aux hommes d'icy bas, Quand ils ont de l'humain les âmes séparées Et qu'à telle fureur elles sont préparées. . . [8]

Je n'avois pas quinze ans que les monts et les bois Et les eaux me plaisoient plus que la cour des rois. Et les noires forests espaisses de ramées.

Et du bec des oiseaux les roches entamées ; Une valée, un antre en horreur obscurci.

Un désert effroyable estoit tout mon souci ; A fin de voir au soir les nymphes et les fées Danser dessous la lune en cotte par les prées •

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