Malheur** 2. Ëmoosser
Ainsi par le travail s'endurcit le François ; Lequel n'ayant trouvé qui par armes le donte. De son propre couteau soi-mesme se surmonte.
Ainsi le fier Ajax fut de soy le vainqueur.
De son propre poignard se transperçant le cœur. Ainsi Rome jadis des choses la merveille, (Qui depuis le rivage où le soleil s'éveille Jusques à l'autre bord son empire estendit) Tournant le fer contre elle à la fin se perdit... [28]
O toy, historien^ qui d'encre non menteuse Escris de nostre temps l'histoire monstrueuse. Raconte à nos enfans tout ce malheur fatal, Afin qu'en te lisant ils pleurent nostre mal. Et qu'ils prennent exemple aux péchez de leurs pères. De peur de ne tomber en pareilles misères.
De quel front, de quel œil, ô siècles inconstans. Pourront-ils regarder l'histoire de ce temps ? En lisant que l'honneur et le sceptre de France, Qui depuis si long âge avoit pris accroissance. Par une opinion nourrice des combats Comme une grande roche est bronché ^ contre-bas s I
On dit que Jupiter, fasché contre la race Des hommes, qui vouloient par curieuse audace Envoyer leurs raisons jusqu'au ciel, pour sçavoir Les hauts secrets divins que l'homme ne doit voir, Un jour, estant gaillard, choisit pour son amie Dame Présomption, la voyant endormie Au pied du mont Olympe; et, la baisant, soudain Conceut l'Opinion, peste du genre humain ; Guider ' en fut nourrice, et fut mise à l'escolle D'Orgueil, de Fantaisie et de Jeunesse folle... [22]
Ce monstre arme le fils contre son propre père Et le frère (ô malheur !) arme contre son frère, La sœur contre la sœur, et les cousins germains Au sang de leurs cousins veulent tremper leurs mains