La présomption*. d*accroistre. voy. p
Et sans avoir royaume il est vrayment un roy.
Commencez donc ainsi ; puis si tost que par l'Âge Vous serez homme fait de corps et de courage. Il faudra de vous-mesme apprendre à commander, A ouïr vos subjects, les voir et demander, Les cognoistre par nom et leur faire justice, Honorer la vertu et corriger le vice.
Mal-heureux sont les roys qui fondent leur appuy Sur Tayde d'un commis^ qui par les yeux d'autruy Voyent Testât du peuple, et oyent * par Toreille D'un flateur mensonger qui leur conte merveille.... [12]
Aussi pour estre roy vous ne devez penser Vouloir comme un tyran vos subjects offenser. Car comme nostre corps vostre corps est de boue; Des petits et des grands la Fortune se joue ; Tous les règnes mondains * se font et se desfont. Au gré de la Fortune ils viennent et s'en-vont ; Et ne durent non plus qu'une flamme allumée.
Qui soudain est esprise ' et soudain consumée.
Or, Sire, imitez Dieu, lequel vous a donné Le sceptre, et vous a fait un grand roy couronné. Faites miséricorde à celuy qui supplie.
Punissez l'orgueilleux qui s'arme en sa folie. Ne poussez par faveur un homme en dignité.
Mais choisissez celuy qui la bien mérité ; Ne baillez pour argent ny estats ny offices^ Ne donnez aux premiers les vacans bénéfices.
Ne souffrez près de vous ne * flateurs ne vanteurs ; Fuyez ces plaisans fols qui ne sont que menteurs. Et n'endurez jamais.que les langues légères Mesdisent des seigneurs des terres estrangeres.
Ne soyez point mocqueur, ny trop haut à la main, Vous souvenant tousjours que vous estes humain, Ne pillez vos sujets par rançons ny par tailles, Ne prenez sans raison ny guerres ny batailles ; Gardez le vostre propre et vos biens amassez ;