‹ Poésies choisies de P. de Ronsard pub. avec notes et index concernant la langue et laChapitre 72 sur 361 · Théocrite, XVIIL R. Gr., p. 507, 522; Chev., III · texte numérisé non relu

Théocrite, XVIIL R. Gr., p. 507, 522; Chev., III

SONNETS POUR HELENP:. Gl

Où je me suis trompé, où j'ay gasté mes ans.

Où j'ay mal employé ma jeunesse trop folle.

Mal-heureux qui se fie en un enfant qui vole. Qui a Tesprit soudain, les effects inconstants, Qui moissonne nos fleurs avant nostre printans, Qui nous paist de créance et d'un songe frivole.

Jeunesse Tallaicta, le sang chaud le nourrit, Cuider * l'ensorcela, Paresse le pourrit Entre les voluptez vaines comme fumées.

Cassandre me ravit, Marie me tint pris, Ja grison à la cour d'une autre je m'espris.

Le feu d'amour ressemble aux pailles allumées.

-oo-

Vous triomphez de moy, et pour ce je vous donne Ce lierre qui coule et se glisse à Tentour Des arbres et des murs, lesquels, tour dessus tour, Plis dessus plis, il serre, embrasse et environne.

A vous de ce lierre appartient la couronne; Je voudrois, comme il fait, et de nuict et de jour, Me plier contre vous, et, languissant d'amour, D'un nœud ferme enlacer vostre belle colonne *.

Ne viendra point le temps que dessous les rameaux Au matin où Taurore éveille toutes choses.

En un ciel bien tranquille, au caquet des oiseaux.

Je vous puisse baiser à lèvres demy-closes, Et vous conter mon mal, et de mes bras jumeaux Embrasser à souhait vostre y voire et vos roses ?

Quand vous serez bien vieille', au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz, chantant mes vers, et vous esmerveillant : Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

1. Inf. pris subst., présomp- 3. TibuUe, I, viii, 41. R. Saintetion (Gachet, Gl.). Souvent dans Beuve a rapproché de ce sonnet Ronsard cuider r= oullre cuider. la chanson célèbre de Béranger :

2. Corps ou plutôt corsage, « Vous vieillirez, ô ma belle maitaille, tresse. »

Lors vous n'aurez servante oyant ' telle nouvelle, Desja sous le labeur à demy sommeillant.

Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant, Bénissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre, et, fantosme sans os, Par les ombres myrteux* je prendray mon repos; Vous serez au fouyer^ une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain; Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie*.

Genevres hérissez, et vous, houx espineux.

L'un hoste des déserts, et l'autre d'un bocage ; Lierre, le tapis d'un bel antre sauvage, Sources qui bouillonnez d'un surgeon ^ sabloneux ,

Pigeons, qui vous baisez d'un baiser savoureux, Tourtres * qui lamentez d'un éternel veufvage, Rossignols ramagers qui d'un plaisant langage Nuict et jour rechantez vos versets amoureux;

Vous, à la gorge rouge, cstrangere arondelle ', Si vous voyez aller ma nymphe en ce printemps \ Pour cueiltir des bouquets par ceste herbe nouvelle, .

Dites-luy pour néant que sa grâce j'attens.

Et que, pour ne souffrir le mal que j'ay pour elle,. J'ay mieux aimé mourir que languir si longtemps.

Celle de qui l'amour vainquit la fantaisie.

Que Jupiter conceut sous un cygne emprunté , Ceste sœur des jumeaux, qui fit par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de l'Asie.

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