Théocrite, II, R. 1. Pouliot (L
Lune, qui as ta robe en rayons estoilée, Garde ceste fontaine aux jours les plus ardans ; Defen-la pour jamais de chaud et de gelée ; Remply-la de rosée et te mire dedans... [12]
Six ans estoient coulez, et la septième année Estoit presques entière en ses pas retournée. Quand, loin d'affection, de désir et d'amour, En pure liberté je passois tout le jour, Et, franc de tout soucy qui les âmes dévoré.
Je dormois dès le soir jusqu'au poinct de l'aurore : Car, seul maistre de moy, j'aliois, plein de loisir, Où le pied me portoit, conduit de mon désir, Ayant tousjours es mains, pour me servir de guide, Aristote ou Platon, ou le docte Euripide, Mes bons hosies muets qui no fâchent jamais; Ainsi que je les prcns, ainsi je les remais.
O douce compagnie et utile et Iionneste!
Un autre en caquetant m'estourdiroit la teste.
Puis, du livre ennuyé, je regardois les fleurs, Fueilles, tiges, rameaux, espèces et couleurs. Et l'entrecoupement de leurs formes diverses. Peintes de cent façons, jaunes, rouges et perses ^ Ne me pouvant saouler, ainsi qu'en un tableau, D'admirer la nature et ce qu'elle a de beau.
Et de dire, en parlant aux fleurettes escloses : « Celuy est presque dieu qui cognoist toutes choses ', Esloigné du vulgaire et loin des courtizans.
De fraude et de malice impudens artizans. »
Tantost j'errois seulet * par les forests sauvages,
1. Pers, bleu, cœrulii^ (N.; L.; 2. Virgile, Georg,, II, 489. Chev., II, 230). 3. Dim. de seul (N.; L.).
SONNETS POUR HKLKNE. 67
Sur les bords enjonchez des peinturez rivages, Tantost par les rochez reculez et déserts, Tantost par les taillis, verte maison des cerfs.
J*aFmois le cours suivy d'une longue rivière, Et voir onde sur onde allonger sa carrière, Et flot à l'autre flot en voulant s'attacher, Et, pendu sur le bord, me plaisoit d'y pescher. Estant plus resjouy, d'une chasse muette, Troubler des escaiilez la demeure secrette, Tirer avecq'la ligne, en tremblant emporté.
Le crédule poisson prins à l'haim apastc *, Qu'un grand prince n'ait aise ayant pris à la chasse Un cerf qu'en haletant tout un jour il pourchasse. Heureux si vous eussiez d'un mutuel esmov Prins l'apast amoureux aussi bien comme moy.
Que tout seul j'avallay, quand par trop désireuse Mon ame en vos yeux beut la poison amoureuse.
Puis, alors que Vesper vient embrunir nos yeux, Attaché dans le ciel, je contemple les cieux. En qui Dieu nous escrit en notes non obscures Les sorts et les destins de toutes créatures ; Car luy, en desdaignant fcomme font les humains) D'avoir encre et papier et plume entre les mainSj Par les astres du ciel, qui sont ses caractères, Les choses nous prédit et bonnes et contraires ; Mais les hommes, chargez de terre et du trespas, Mesprisent tel escrit et ne le lisent pas.
Or le plus de mon bien, pour décevoir ma peine. C'est de boire à longs traits les eaux de la fontaine Qui de vostre beau nom se brave *, et, en courant Par les prez, vos honneurs va tousjouis murmurant. Et la royne se dit des eaux de la contrée :
Tant vaut le gentil 3 soin d'une muse sacrée Qui peut vaincre la mort et les sorts inconstants,
1. Hameçon*, garni d'un ap- 3. Noble, pur, relevé, honespkty in€Scatus(lS.). ttiSj venurslus (N.; St- Alexis, O
2. S'enorgueillit, se pare (voy. 4 e, 90 b; Pasq., II, 222; L.; N. ; Brave.). Chev., II, 194).
Sinon pour tout jamais, au moins .pour un long temps,
Là, couché dessus l'herbe, en mes discours je pense
Que pour aimer beaucoup j*ay peu de recompense,
Et que mettre son cœur aux dames si avant.
C'est vouloir peindre en Tonde et arrester le vent ;
M'asseurant toutefois qu'alors que le vieil âge
Aura comme un sorcier changé vostre visage.
Et lorsque vos cheveux deviendront argentez,
Et que vos yeux d'Amour ne seront plus hantez,
Que tousjours vous aurez, si quelque soin vous touche.
En l'esprit mes escrits, mon nom en vostre bouché.
Maintenant que voicy l'an septième venir, Ne pensez plus, Hélène, en vos laqs me tenir : Le raison m'en délivre et vostre rigueur dure ; Puis il faut que mon âge obéisse à nature.