LES AMOURS DIVERSES
A NICOLAS DE NEIÎFVILLE
SEIGNEUR DB VILLKHOV
Ja du prochain hyvcr je prevoy la tcmpesto, Ja cinquante et si-x ans ont neigé sur ma tcsio, Il est temps de laisser les vers et les amours Et de prendre congé du plus beau de mos jours. J'ay vescu, Villeroy, si bien que nulle envie En partant je ne porte aux plaisirs de la vie ; Je les ay tous goustez, et me les suis permis Autant que la raison me. 'es rondoit amis.
Sur l'eschaffaut» mondain, jouant mon personnage D'un habit convenable aux temps et à mon ûge.
J'ay veu lever le jour, j'ai veu lever le soir; J'ay veu greslor, tonner, esrlairer et pleuvoir ; J'ay veu peuples et roys, et depuis vingt années J'ay veu presque la France au bout de ses journées ^ ; J'ay veu guerres, débats, tantost trêves et paix, Tantost accords promis, redéfais et refais.
Puis défais et refais ; j'ai veu que sous la lune Tout n'estoitque hazard etpendoit^de Fortune. Pour néant la prudence est guide des humains ;
1. Ces pièces s'augmentèrent 3 chansons et 22 sonnets, saccessi veinent dans les (éditions 2. Sur la scène du monde, de 1560, 1571^ 1578, 1581. Elles 3. Au terme de ses jours, sont au nombre de 26: 1 e^pitre, L Dépendait (N.; L.).
L'invincible destin lui enchaisne les mains, La tenant prisonnière, et tout ce qu'on propose Sagement la Fortune autrement en dispose.
Je m'en-vais saoul du monde, ainsi qu'un convié S*en-va saoul du banquet de quelque marié, Ou du festin d'un roy, sans renfrongner sa face Si un autre après luy se saisist de sa place.
J'ai couru mon flambeau sans me donner esmoy, Le baillant à quelqu'un s'il recourt après moy * ; Il ne faut s'en fascher, c'est la loy de nature, Où s'engage en naissant chacune créature... [102]
Or, comme un endebté de qui proche est le terme De payer à son maistre ou l'usure ou la ferme. Et, n'ayant ny argent ny biens pour secourir Sa misère au besoin, désire de mourir; Ainsi, ton obligé, ne pouvant satisfaire Aux biens que je te doibs, le jour ne me peut plaire; Presque à regret je vy et à regret je voy Les rayons du soleil s'estendre dessus moy.
Pour ce 2 je porte en l'ame une amere tristesse De quoy mon pied s'avance aux faux-bourgs de vieillesse, Et voy (quelque moyen que je puisse essayer) Qu'il faut que je desloge avant que te payer, S'il ne te plaist d'ouvrir le ressort de mon cofTre, Et prendre ce papier que pour acquit je t'offre, Et ma plume qui peut, escrivant vérité, Tesmoignerta louange à la postérité.
Reçois donc mon présent, s'il te plaist, et le garde En ta belle maison de Gonflant, qui regarde Paris, séjour des roys, dont le front spacieux Ne void rien de pareil sous la voûte des cieux ; Attendant qu'Apollon m'eschauffe le courage De chanter tes jardins, ton clos et ton bocage. Ton bel air, ta rivière et les champs d'alentour. Qui sont toute l'année eschauftez d'un beau jour; Ta forest d'orangers, dont la perruque 3 verte