SONNETS RETRANCHÉS
Que luy, pour vous ouyr, s'approche à vostre oreille, Et qu'il baise à tous coups vostre bouche vermeille. Au milieu des propos, d'autant qu'il en est près.
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L'an se rajeunissoit en sa verte jouvence Quand je m'épris de vous, ma Sinope cruelle; Seize ans estoit la fleur * de vostre âge nouvelle *, Et vostre teint sentoit encores son enfance.
Vous aviez d'une infante encor la contenance, La parblle et les pas; vostre bouche estoit belle, Vostre front et vos mains dignes d'une immortelle, Et vostre œil, qui me fait trespasser quand j'y pense.
Amour, qui ce jour-là si grandes beautez vit. Dans un marbre, en mon cœur, d'un trait les escrivit ; Et, si pour le jourd'huy vos beautez si parfaites
Ne sont comme autrefois, je n'en suis moins ravy. Car je n'ay pas égard à cela que vous estes, Mais au doux souvenir des beautez que je vy.
Je veux lire en trois jours l'Iliade d'Homère, Et pour ce, Corydon, ferme bien l'huis sur moy; •Si rien 3 me vient troubler, je t'asseure ma foy, Tu sentiras combien pesante est ma colère.
Je ne yeux seulement que nostre chambrière Vienne faire mon lit, ton compagnon ni toy ; Je veux trois jours entiers demeurer à requoy *, Pour foUastrer après une sepmaine entière.
Mais, si quelqu'un venoit de la part de Cassandre, Ouvre- luy tost la porte, et ne le fais attendre. Soudain entre en ma chambre et me vien accoustrer.
Je veux tant seulement à luy seul me monstrer ; Au reste, si un dieu vouloit pour moy descendre Du ciel, ferme la porte et ne le laisse entrer.