SONNETS
/^uAND, d'un esprit doux et discret, ^^ Tousjours l'un à l'autre on défère; Quand on se cherche sans affaire, Et qu'ensemble on n'est point distrait;
Quand on n'eut jamais de secret Dont on se soit fait un mystère ; Quand on ne songe qu'à se plaire; Quand on se quitte avec regret ;
Quand, prenant plaisir à s'escrire,
On dît plus qu'on ne pense dire,
Et souvent moins qu'on ne voudroit :
Qu'appellez-vous cela, la belle?
Entre nous deux, cela s'appelle S'aimer bien plus que l'on ne croit.
On me l'avoit bien dit, qu'on ne peut s'en defifendrel Pour elle, on n'a pas moins de respect que d'amour; Son esprit sçait à tout donner un si beau tour Qu'au premier entretien je me laissai surprendre.
Si je retiens mon feu caché dessous la cendre, Je ne puis me flatter de la toucher un jour; Prétendre hautement de luy faire la cour, C'est estre peu discret et beaucoup entreprendre.
Ainsy, l'ame en desordre, interdit, et confus, Je veux, — et n'ose pas hasarder un refus : Je languis incertain auprès de cette belle.
Parlez-luy, mes soupirs. — Non! ne luy dittes rien:
Elle se connoist trop ; Amarante sçait bien
Que, sitost qu'on la voit, il faut brusler pour elle.