‹ Poésies choisies et précédées d'une introductionChapitre 8 sur 13 · MADRIGAUX · texte numérisé non relu

MADRIGAUX

m yi ON cher Tircis, vous présumez Un peu trop de vostre science.

Les fautes dont vous nous blâmez Ont plus de grâce qu'on ne pense:

C'est quelque chose, et ce n'est rien.

Mais, laissez là votre férule :

Monmort, — qui fut un ridicule, — Passoit pour bon grammairien.

Tirsis, deux filles de mérite Hier me firent une visite.

L'une me baisa sans façon ; L'autre me parut toute esmiie, Et, honteuse, baissant la veûe, Ne me donna que le menton.

Quel sentiment seroit le vostre?

Leur baiser me fut-il égal?

— Celle qui baisa le plus mal, A mon gré, baisa mieux que l'autre.

Avec quelque chaleur d'esprit, Un jour, Catin et moy nous nous dismes cent choses.

L'amour ensemble nous surprit, Et les lis de Catin se changèrent en roses;

Ses yeux s'allumèrent un peu, Et les miens languissans témoignèrent mon feu;

Nous demeurâmes sans rien dire,

Egallement embarrassez.

Quand l'un rougit, et que l'autre soupire,

Sans parler on s'explique assez.

Iris, je suis au desespoir

Que dans mes yeux vous puissiez voir.

Mes passions les plus secrettes.

Je veux l'empescher, je ne puis :

ils me disent ce que vous estes ;

Ils [vous] disent ce que je suis.

Estre sans cesse dans l'église, Passer de couvent en couvent.

Et tesmoigner estre surprise De ne me plus voir si souvent, C'est bien injustement me faire une querelle. Ma passion mérite un traitement plus doux :

Pensez à la vie éternelle, Et me laissez damner pour vous.

Sur Chapelain

J'ay vu ce qu'a fait Saint-Germain

Sur la paix et le mariage.

Cette ode est toute de la main

Dont il traça son grand ouvrage.

Partout on le trouve sçavant ;

Et toutefois, assez souvent,

On critique sa poésie.

Il escriroit plus à souhait

S'il oublioit une partie

De cent belles choses qu'il sçait.

Jl Monsieur le Prince (0

Quand on parle de vos exploits Et dans l'amour et dans la guerre, On vous compare quelquefois A celuy qui donna des lois Au[x] maistre[s] de toute la terre.

De vostre honneur je suis jaloux, Ce parallèle me fait peine :

Gesar, à le dire entre nous, Fut bien aussy galant que vous, Mais jamais si grand capitaine.

Mon médecin, chaque jour, Sachant que je meurs d'amour Pour la petite Silvie, Me dit que, si je la vois En un mois plus d'une fois,

(i) Condé.

Il m'en coustera la vie.

Je me suis mal ménagé ; Vivant au jour la journée, En quatre jours j'ay mangé Les douze mois de l'année.

Qu'on a de peine à se guérir

D'une amoureuse frénésie!

En vain, quand l'ame en est saisie,

La raison vient la secourir :

Elle a beau conter et nous dire

Qu'un sage jamais ne soupire,

Les amans en font peu de cas.

Ce mal est grand; il est à craindre.

— Mais je trouve bien plus à plaindre

Celuy qui ne le souffre pas.

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