STANCES
I RIS, que les cloches me plaisent!
Que j'aime leurs tristes accords I
II faut que tous les luts se taisent Quand elles sonnent pour les morts.
Loin que ma bile s'en allume,
Je ris de ceux qui, par coustume, Plaignent des gens ensevelis.
On dit pour eux cent patenostres ; Et ce qui fait pleurer les autres, Me rappelle, au moins, que je vis.
Une douce mélancolie Assoupit peu à peu mes sens, Tout mes esprits sont languissants, Moy-mesme presque je m'oublie.
Mon cœur alors est sans désirs, Je n'ay ny chagrins nyjplaisirs,
Je sens mon ame appesantie; Dans l'indolence elle s'endort, Et je n'ay, pour marque de vie, Que celle de n'estre pas mort.
Sur ce sujet qu'il vous souvienne Qu'un jour vous me dites chez vous Que vostre humeur estoit la mienne, Que nous avions les mêmes gousts.
Selon vos manières, je pense Que c'estoit plus par complaisance Que ce n'estoit de bonne foy.
Ayons rapport en autre chose ; Il faut qu'amour vous le propose, — Je n'ose pas vous dire en quoy.
LU A Mademoiselle de Sevigné
Iris, qu'estes vous devenue?
En vous perdant, je perds de veiie
Mes plaisirs qui sont les plus doux.
Prenez garde à ce que vous faites.
Et sçachez que je suis jaloux :
Je ne suis pas moins où vous estes
Que quand j'estois auprès de vous.
Vostre santé mal asseurée Vous a d'avec nous séparée ; Je compastis à vostre mal.
Donnez à ma longue souffrance Un sentiment qui soit égal; Et ne souffrez point que l'absence Me puisse couster un rival.
8o POÉSIES CHOISIES
Je redoute vostre mérite ;
Plus il est grand, plus il m'agite
Et tient mon esprit alarmé.
Un cœur noble comme le vostre
Se rend si digne d'estre aimé
Que je tremble tousjours qu'un autre
Autant que moy n'en soit charmé.
If y f
Pour flatter ceste inquiétude,
Retiré dans ma solitude,
Je consulte ma passion;
Et vois ceste vieille insensée
Chez vous, non sans présomption,
Se tenir trop recompensée
D'y trouver peu d'aversion.
Geste bonté qu'en vous j'admire Fait que, sans désirs, je soupire.
Si les galans n'aimoient qu'ainsy, Les remonstrances d'une mère (Et de quelques oncles aussy), Quoyque faittes d'un ton severe, Vous donneroient peu de soucy.
Desprenez-vous de leurs chimères.
Ce beau don de tant de lumières, Que le ciel vous a desparty, Devroit vous affranchir des chaisnes Dont vostre esprit assujetty A desjà souffert tant de peines.
Il est temps de prendre party.
Aimez, Iris, quand on vous aime, Avec une constance estresme Et le respect qui vous est deu.
Alors aisément on desmesie, Pour peu que le bon sens soit cru, Ce qui n'est qu'une bagatelle, De ce qu'on doit nommer vertu.
Les sentimens que la nature
Inspire à toute créature
Ont esté suivis de tout temps.
Quoyqu'on vous dise le contraire,
La révolte contre les sens
Est un party que d'ordinaire
Prennent fort peu les jeunes gens.
y ir y
Tandis que les grâces s'empressent Autour de vous, et vous caressent Usez bien de tous leurs attraits.
Elles n'aiment que la jeunesse; L'esprit qui vient toujours après Ne peut seul, avec son adresse, Faire autant redouter ses traits.
Mais dieux ! quelle est ma frénésie I Je reviens à ma jalousie, Je ne sçais plus ce que je veux.
Vous preschant en nouvel apostre, Peut-estre, contraire à mes vœux.
Je travaille à mestre quelqu'autre Dans le chemin des bienheureux !
^P ^1 5^ ^^ 5^ ^ft 3jC 5^ 5^ 7^ ^^ 5^ ^^ 1^ 5^ ^^ SfC 3^ «^ ^p î^