‹ Poésies choisiesChapitre 16 sur 84 · EMA · texte numérisé non relu

EMA

Fais place au jour plus propîôe, Nuit de deuil, nuit de douleurs; Dans mon lit baigné de pleure) '^

J^attends que ton cours finifilsé.

Hélas ! quel est mon tourmeiity Quand ma main infortunée,' ' Dans ma couche abandonnée,' Erre et cherche faon âmaiat'! * ' '^ J'en vois, j'en touche la place^^ Hélas ! quel est mon tourment !

Dans -un vide qui la glace, Ma main se perd vainement.

LES C0MPAGJÎE8.

De la colombe fidèle, Tant que Ton séparera L'amant ailé qu'elle appelle, La colombe gémira.

ÉMA.

Peut-il être si tranquille.

Le négligent possesseur Du verger le plus fertile ?

A-t-il quitté cet asile Sans crainte du ravisseur?

Il perd sa vigne chérie.

Il expose à l'étranger La fontaine et sa prairie*

1 16 Poésies de Gentil-Bernard.

Que de trésors en danger !

Peut-il ainsi négliger Verger, vignes et fontaine?

Que sa crainte le ramène I Ah I qu'il vienne protéger Vigne, .fontaine et verger I Mais j'entends la tourterelle; Silence, écoutons, c'est elle.

Doux préf#ge, heureux moment !

Mon espoir se renouvelle; Le chant de l'oiseau fidèle M'annonce un fidèle amant.

LES COMPAGNES

Reine, votre roi s avance.

Le flambeau de l'espérance Doit luire ainsi que le jour :

L'ombre a fui, l'aube commence.

Reine, votre roi s'avance; Plein des feux de son amour, Des bornes de l'hémisphère Il prend sa course légère; L'aile du vent l'a porté.

L'air, par son souffle agité, Rend la plus douce harmonie, Et la terre est rajeunie A l'aspect de sa beauté.

ÉMA.

Ouvrez, ouvrez, c'est lui-même; Je sens tressaillir mon cœur.

Dialogues orientaux, 117

Esclaves de mon vainqueur.

Adorez celui que j'aime.

Chantez, mes sœurs,. répétez

Le cantique de sa gloire.

Prenez vos harpes d'ivoire.

Montez vos lyres, chantez.

Que la myrrhe, à son passage,

Exhale aux cieux son odeur

Et l'entoure d'un nuage

Qui modère sa splendeur.

Que vois-je l ô jour plein de charmes !

Azor, Azor, est-ce vous?

AZOR

C'est Azor, c'est ton époux, Qui vient calmer tes alarmes.

Belle Éma; sèche tes larmes, Renais, reprends tes couleurs, O la plus belle des fleurs !

Laisse à ma bouche embrasée , Le soin de cueillir ces pleurs, Ces perles, cette rosée.

Que répandoient tes douleurs,

ÉMA.

Bien de l'âme, ô douce joie !

Trésor que j'ai cru perdu, Enfin le ciel te renvoie ; Le jour enfin m'est rendu !

Du jardin de ses délices Azor s'é toit égaré. • -•

ii8 Poésies de Gentil-Bernard.

AZÔR.

Son cœur t'étoit demeuré.

Ah ! quel tourment, quels supplices !

Je languissois séparé

Du jardin de mes délices.

ÉMA.

Les gardes de ton trésor.

L'amour, la foi, Tinnocence, Ont veillé pour sa défense.

Regarde, mon cher Azor, Tu peux y trouver encor Le sceau de notre alliance.

Vois ton domaine chéri Dans sa brillante parure, Vois ta source toujours pure, Ton myrte toujours fleuri.

Vois, que ta moisson est belle !

Le désir voloit près d'elle.

Sans oser en approcher ; Le vent, du bout de son aile, A craint même d'y toucher.

AZOR

Oui, je reconnois ta flamme; Connois la mienne à ton tour.

Éma, compare à ton âme

Dialogues orientaux, iip

Un cœur plus pur que le jour.

A Forient de ces rives.

Sur un trône éblouissant, Les filles d'un roi puissant OfFroient d'être mes captives.

J'ai dit aux filles d'un roi :

Régnez, jeunes souveraines ; Éma me tient sous sa loi.

Je ne puis donner mes chaînes Pour les grandeurs que je vois.

Au séjour de la mollesse . L'Amour me tendoit les bras.

Les filles de la jeunesse, Me prodiguant leurs appas, Vouloient enchaîner mes pas; A leur flatteuse caresse Ton Azor est échappé, Sans que sa lèvre ait trempé Dans la coupe enchanteresse.

ÉMA.

Plus beau que l'astre du jour.

Tu charmes la terre entière.

Que le monde ait ta lumière, J'ai tes feux et ton amour.

Ils ont embrasé mon âme; Amant-époux, satisfais Et ton désir et ma flamme ; Jouis du bien que tu fais.

I20 Poésies de Gentil^Bemard,

AZOR

Comme la flèche qui vole, Le doux son de ta parole Dans mon cœur a pénétré.

Vierges de ce lieu sacré, Prétresses de mon idole, Uautel est-il préparé?

LES COMPAGNES

Uautel n'attend que Toffrande :

De festons et de guirlandes Le sanctuaire est paré :

Le voile d'or est tiré.

Mystère saint et sublime !

O sacrifice amoureux !

Quel sera le plus heureux Du prêtre ou de la victime?

AZOR

Chastes filles, laissez-nous :

Livrez Tépouse à l'époux, Allez, Éma vous l'ordonne.

Pour signaler votre ardeur.

Chantez l'hymne du bonheur Dans l'instant qu'il nous couronne.

Quand le sommeil étendra Nos paupières demi-closes, Quand le bonheur répandra

Dialogues arieniaua

Les pavots après les roses, Défenseur de ce s^our.

Que le silence immobile.

Aux portes de cet asile, Veille et respecte l'amour.

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