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SECOND DIALOGUE

AZOR ET ÉMA.

AZOR

VIENS,, ma colombe fidèle.

C'est ton époux enchanté Dont l'ardeur se renouvelle; C'est ton amant qui t'appelle Au sein de la volupté.

G colombe fortunée, Idole de mes désirs, Viens, tu seras couronnée Par l'amour et les plaisirs.

Qu'elle est belle, mon épouse !

Qu'elle a de charmes, grands dieux I Malgré l'obstacle envieux De cette écharpe jalouse Qui nuit encore à mes yeux, Qu'elle est belle, mon épouse !

Dialogues orientaux^ 123

Attends, ne-m'obêis pas; Des jardins de la nature Cueillons les fleurs pas à pas; Que ta dernière parure S'abaisse et tombe à mesure; Je veux compter tes appas.

Des trésors dont je dispose Je veux lentement jouir, Et voir le cœur de ma rose Par degré s'épanouir.

Qu'il se plut à son modèle, L'auteur divin qui forma Ces beaux yeux, qu'il anima De sa plus vive étincelle !

Lorsqu'il peignit ces couleurs.

Sa main juste et libérale Choisit la pourpre des fleurs Dans leur fraîcheur matinale.

Sous ces lèvres de corail Il fit éclater l'émail De la perle orientale.

Il dit au jour d'éclairer Cette blancheur vive et pure, A la nuit de te parer Des nœuds de sa chevelure.

Au monde de fadorer.

C'est la suprême science Qui mesura la distance De ces contours arrondis

Où la volupté repose, Où natt un bouton de rose Sur un parterre de lis.

Des beautés de son ouvrage Le dieu se félicita; Il sourit à son image, Et ce nouvel apanage, Ce sourire te resta.

ÉMA.

Que ma beauté ne peut-elle Croître ainsi que mon amour !

Je te plairai chaque jour Par quelque grâce nouvelle.

O dieuz^ qu'Éma seroit belle I

Mais dans tes yeux pleins d*ardeur

Je lis ton impatience;

Je vois ta main qui s'offense

Du retard de son bonheur.

Ce bonheur, pourquoi l'attendre?

L'attente est une douleur.

Hélas ! loin de se défendre,

L'oiseau, pressé de se rendre,

Tombe au sein de l'oiseleur.

AZOR

Viens, pour y chercher la vie, Captive digne d'envie ; Éma, tombe, ne crains rien :

Dialogues orientaux. 125

Pose ta tête inclinée; Ce bras sera ton soutien; De cet autre environnée, Et de plus près enchaînée, Mets ton cœur contre le mien.

O la. chaîne fortunée !

Entre Tamante et l'amant

L'amour a détruit l'espace;

Et la vigne s'entrelace,

S'unit moins étroitement

Au jeune ormeau qu'elle embrasse.

AZOR

Volupté de l'union,

Des voluptés la première !

Eternelle passion,

Qui meut la nature entière !

O suprême volupté 1

Rends-nous plus heureux encore.

Ema, son feu me dévore ;

Et ton amant agité

Sent la soif immodérée

De la moisson altérée,

Sous le signe de l'été.

ÉMA.

Et moi, j'attends la rosée

Qui doit tomber dans mon sein :

ia6 Poésies de Gentil-Bernard.

Comme la terre embrasée, Pour être fertilisée.

Attend. celle du matin.

AZOR

Sœur-épouse que j'implore, Donne un baiser à Fépoux; Donne au frère qui fadore.

Donne à Tamant, donne encore :

Nos baisers seront si doux.

Que les tendres tourterelles Viendront apprendre de nous Les jeux que nous tenons d'elles.

E Jn A*

Tout mon feu s'est consumé.

Azor, 6- mon bien-aimé.

J'expire.... Azor, je me- pâme....

AZOR

Reçois ce trait enflammé.

Dans tes lèvres renfermé; Qu'il passe jusqu'à ton âme.

ÉMA.

Il ranime tous mes sens.

AZOR

Quel délire je ressens !

Dialogues orientaux, i2j

Dieux ! quelle ivresse est la mienne !

Comme au toucher de Taimant, Mon âme. a pris son élan Pour se coller à la tienne.

AZOR

Donne, Éma, je la reçois; Et j'ai deux sources de vie.

Sœur, amante, épouse, amie, Vois quels transports tu me dois.

Mais ta mourante paupière Se ferme à Téclat du jour ; Renais, ma douce lumière, Renais, flambeau de Tamour.

La volupté veille encore; Sans toi le charme est détruit :

Tes yeux ouverts, c'est l'aurore; Tes yeux fermés, c'est la nuit.

ÉMA.

Aux régions du délire Mes sens ont été ravis.

Azor, quel est ton empire?

Quand c'est par toi que j'expire.

C'est par toi que je revis.

Quelle magique puissance I Mon âme a repris ses droits-

Je sens, je touche, je vois, Et je jouis, et j'y pense.

AZOR

Écoute encor mes soupirs; Une ardeur insatiable Dit qu'il faut à mes désirs Le fruit le plus délectable Du jardin de nos plaisirs.

ÉMA.

Jouis, c'est ton héritage.

Choisis^ cueille à pleine main...

Mais quel mouvement soudain

D'entre mes bras te dégage ?

Tu t'élèves, je te voi

Régner au-dessus de moi.

Comme un palmier qui m'ombrage ;

Je suis l'arbuste naissant

Qu'un vent doux et caressant

Agite sous ce feuillage....

Dieux l ô dieux, quelle autre image !

£t quel astre éblouissant

Est échappé du nuage !

AZOR

Adore, Éma, ton ouvrage; A ton souffle obéissant, Le dieu du bonheur descend Sur l'autel des sacrifices.

Il triomphe, il est armé De la flèche des délices ; Mon cœur en est enflammé.

O tout-puissant bien-aimé !

Ta majesté se déploie.

Azor, le cri de ma joie Jusqu'à toi s'est élevé.

Le feu du bûcher s'allume, La victime se consume.

L'holocauste est achevé.

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