SUR L'AUTOMNE
ABRÈGE ta course, Amant de Thétîs; Soleil, amortis Tes feux dans leur source.
L'excès des chaleurs A brûlé dans nos plaines, A séché nos fleurs, Tari nos fontaines; L'Aurore est sans pleurs, Zéphir sans haleine.
Flore sans couleurs.
La seule Pomone, Sous ce frais berceau, Rit et se couronne Du pampre nouveau; Du nectar qui coule S'abreuve une foule
156 Poésies de GeuiiUBernard.
De jeunes sylvalns
Dont la pétulance.
L'ivresse, la danse.
Les chants amoureux
Changent en ménades
Les folles dryades
Qui boivent comme eux.
Romps ton esclavage.
Ami studieux;
Viens, par cette image,
Délasser tes yeux;
Viens, mon cher Ariste.
Philosophe vain,
Est-ce au dieu du vin
Qu'un sage résiste?
Sois sage, mais boi :
* Vois le dieu du Pinde,
Esclave avec toi.
Du vainqueur de l'Inde Suivre ici la loi.
Dans ce lieu tranquille.
Tu sais qu'enchanté De la liberté, J'en ai fait l'asile De fa volupté.
Je veux qu'on allie Sur un même ton Maxime et saillie, Pétrone et Caton, Sagesse et folie.
Ainsi verra-t-on
Epîtres. IÇ7
Épîcure à table, Au banquet aimable D'un nouveau Platon.
J'y veux pour convive L'enfant de Cypris; Au milieu des ris, Sa chaleur plus vive, Sa gaîté naïve Plaît à mes esprits.
Couché sous la treille Si quelqu'un sommeille, Par un tendre effort, Qu'Amour le réveille.
Quand Bacchus l'endort.
Quelque vieux Chrysippe Voudroit follement Poser un principe Contre un sentiment.
Pourquoi d'un moment Que le ciel nous donne, Nous faire un tourment ?
La nature ordonne; Mon cœur obéit; Sénèque raisonne; Horace jouit.
Vois de quel emblème Il a de sa main Gravé le système Du bonheur humain.
D une ardeur extrême
158 Poésies de Gentil'Bernard,
Le temps nous poursuit ; Détruit par lui-même, Par lui reproduit.
Plus léger qu'Éole, Il naît et s'envole, Renaît et s'enfuit.
Enivrons Saturne; Ce vieillard plus doux.
Égayant pour nous Son front taciturne.
Perdra son courroux Au fond de cette urne ; Devenu plus lent, Ce dieu turbulent, Pour reprendre haleine, Prendra de Silène Le pas nonchalant.
Sous l'ombre propice De ce bois sacré, L'autel est paré Pour le sacrifice; Hébé me couronne Dun lierre divin.
Et Cornus ordonne L'apprêt du festin.
Avec nos bergères Chantez, dieu des bois ; Ménades légères.
Dansez à leurs voix.
Ami, qui t'arrête:
Epi très, 15P
Pour ouvrir la fête, Je n'attends que toi.
Tu verras Thémire, Tenant tour à tour Les flèches d'Amour, Le thyrse et la lyre.
Tu sais quel empire Thémire a âur moi ; Mais, sûr de ma foi, L'objet qui m'enflamme N'a point oublié La part que mon âme Doit à l'amitié.