V A I.ÈRE
Mais assurément.
ARISTE
Vous osez l'avouer?
Ah ! très parfaitement.
C'est un homme d'esprit, de bonne compagnie, Et je suis son ami de cœur et pour la vie. Ah ! ne l'est pas qui veut.
Et si l'on vous montroit Que vous le haïrez?
VAL ÈRE
On seroit bien adroit.
ARI ST E
Si l'on vous faisoit voir que ce bon air, ces grâces, Ce clinquant de l'esprit, ces trompeuses surfa Cachent un homme affreux, qui veut vous égarer, Et que l'on ne peut voir sans se déshonorer?
Le Méchant. 127
VAL ÈRE
C'est juger par des bruits de pédants, de commères.
ARISTE
Non, par la voix publique ; elle ne trompe guères. Géronte peut venir, et je n'ai pas le temps De vous instruire ici de tous mes sentiments : Mais il faut sur Cléon que je vous entretienne ; Après quoi choisissez son commerce ou sa haine. Je sens que je vous lasse, et je m'aperçois bien, A vos distractions, que vous ne croyez rien : Mais, malgré vos mépris, votre bien seul m'occupe; 11 seroit odieux que vous fussiez sa dupe. L'unique grâce encor qu'attend mon amitié, C'est que vous n'alliez point paroître si lié Avec lui : vous verrez avec trop d'évidence Que je n'exigeois pas une vaine prudence. Quant au ton dont il faut ici vous présenter, Rien, je crois, là-dessus ne doit m'inquiéter; Vous avez de l'esprit, un heureux caractère, De l'usage du monde, et je crois que pour plaire Vous tiendrez plus de vous que des leçons d'autrui. Géronte vient ; allons...
!28 Poésies de Gresset.