Biographie ilichaud
2. Ou sait que, jusqu'à l'édilde Ciiarles IX (ann. loGi), l'année, en France, commençait à Pâques. Par conséquent, . Baïf, pendant plus de trente ans, s'était dit ne en février iSôl. Tous ceux donc qui avaient retenu cette date, sans lui faire subir la correction nécessaire de])uis redit de 1564, donnèrent à Baïf, mort à la fin de septembre 1589 , cinquante - neuf ans sept mois , c'est-à-dire soixante ans eu nombre rond. Ceux qui, par la suite, acceptèrent le chiffre de soixante ans pour son âge, sans Iç contrôler, ou bien, en partant de 1552, reportèrent sa mort en 1592, ou bien, en partant de 1589, reculèrent sa naissance jusqu'en 1529.
xsviii JEAN-ANTOIINE DE BAÏK.
ment ie l" août 1589. Jean-Antoine de Baïf a donc dû mourir peu de temps après, en septembre 1589.
Les vers de son lils contiennent un dernier renseignement, relatif à la maison des Fossés-Saint-Victor. Faisant allusion aux déprédations commises par la garnison, en partie africaine, qui occupait Paris au nom de Philippe II, et à l'entrée d'Henri IV ù Paris, le 22 mars 1594, il s'exprime ainsi :
Je trouve d'un autre côté
Que la puissante majesté
D'un roy le plus grand qui te treuve
Arriva par la porte IVeufve
Daus Paris, sa Ijonne cité,
Où je Pavois bien souliaiité ;
Car caste uégrite canaille
S'attaquoit même à la muraille,
Abattant saus droit ni raison
Jusques au grec de ma maison.
Ne plaignons donc pas l'excellent et sensible Baïf d'être mort sans avoir vu prol'aner la maison qui avait été ie théâtre de sa renommée et connue un temple des Jiuses.
La grande renommée littéraire de Baïf ne lui survécut pas; et quelques-uns mêmes de ses contemporains devancèrent à son égard les sévérités de la postérité. Sauf le petit volume des Mîmes, qui eut quatre éditions dans les trente années qui suivirent, ses œuvres ne furent jamais réimprimées.
Baïf ne méritait pas l'oubli dans lequel il est tombé, et il nous semble avoir été la victime d'une exécution sommaire. Du Perron disait fort cavalièrement de lui : « Le Baïf est un fort L'on homme, mais un très-mauvais poète. » Quant à Colletet, il le regardait comme un des plus savants hounnes de son siècle, mais il ajoutait « qu'il n'estoit poète françois "que par estudc et par contrainte. » Or, Baïf était, en effet, un excellent homme, un érudit et un lettré ; mais c'était tout le contraire d'un très-mauvais poète, et, ce qui lui a manqué, c'est précisément de ne pas avoir soumis son génie poétique à un peu plus d'étude et de contrainte.
On l'a encore accusé de s'être efforcé d'introduire dans la
SA VIE ET SES ŒUVRES. xxix
laniiuc fiaiiraise des termes lalins et surtout des mots grecs; et les biogrnpliies les plus répandues ajoutent encore à ce reproche celui d'avoir voulu naturaliser en France les comparatifs et les superlatifs '. En fait de néologismes, on en rencontre excessivement peu dans Baïf, et la plupart des mots qui arrêtent au premier abord sont presque tous des vocables provinciaux, français par conséquent, que conservent encore les patois picard, parisien, tourangeau, poitevin, normand, champenois, etc. Quant aux comparatifs et aux superlatifs, c'est tout simplement une bévue de quelques-uns de ses biograpbes. Joacliim du Bellay et lui, au temps de leur jeunesse, eurent un jour la fantaisie d'éclianger un sonnet bourré de comparatifs en ieiir et de superlatifs eu hue; Baïf même avait sans façon intitulé le sien : Gosserie contre le sonnet de du Ucllaij. Et c'est uniquement cet innocent badinage qui a donné naissance à l'accusation capitale qui pèse sur la mémoire de Baïf depuis trois cents ans.
Sainte-Beuve, dans son Tableau de la littérature française un seizième siècle, ainsi que dans l'article étendu qu'il a publié sur Desportes, a accordé à Baïf une juste part d'éloges et lui a restitué la place et le rang qu'il mérite dans Ihisloire de la littérature française. Il a cité quelques-unes de ses meilleures pièces, vanté la grâce et la lascivelé de ses chansons, sa naïveté qui, en certains endroits, ne le cède point à celle de la Fontaine, et il a loué avec raison le mécanisme de sa versification, la facture de son vers et en'ln l'habileté avec laquelle il manie les vers de dix syllabes.
Baïf, certes, a des défauts, et il serait aisé de les faire ressortir. Quelques-uns, connue la prolixité, sont conmiuns à tous les poètes du seizième siècle, et Ronsard n'y échappe pas plus que Baïf; d'autres lui sont personnels et proviennent d'une facilité dont il ne se déliait pas assez, l'resijuc toutes les pièces qu'il a conqjosécs sont venues du premier jet, sans làlonnemcnts comme sans retouches : de là des rinies faibles, des incorrections de langage, des constructions obscures, des négligences de style. « Qui désire vivre en la mémoire de la postérité doit, comme mort en soy-mesme, suer et trembler mainte fois, » a dit du Bellay dans son Illustration de la lamjue
1. C'est Falconet qui, le premier, je crois, lui a fait ce i-eproehe, dans uue noie de la Bibliothèque française de La Croix du Maine, éd. de 1""'2. Il a encore èb- trailé de fou dans le Pithxana, « avec quelque raison, » dit Falconet.