M'iiiiaginaul'. ô. Théocrile, XII
Le coiup. pour le sup. 4. Octroie*.
AMOURS DE FRANGINE. — IV. Ifiô
Tu es un pré sans fleur qui fanist ' langoureux, Et je suis un aneau dont la pierre est perdue.
Helas ! je ne voy plus la beauté qui près d'elle Fait qu'à mes yeux ravis rien n:^ semble esfre beau. Tout confort meurt en moy, tout dueil se renouvelle !
Amour, que fait Francine ? A t'elle souvenance De son pauvre captif qui en tourment nouveau De soy mesme est absent durant sa dure absance ?
Fay la se souvenir de la grande tristesse Que j'ay ne la voyant ; remé devant ses yeux Le mal de son amour qui jamais ne me laisse.
Tu as assez aux champs de quoy faire aparoistre Combien me fait de mal son amour ennuieux, Qu'elle alegera bien s'elle veut le conoistre.
S'elle voit la verdeur, que soudain elle pense Avec raille regrets mes espoirs verdoyans Qui me font pourchasser l'ombre de récompense.
Si d'un vent elle entend quelque siflante aleinc Par le fueillage espaix des chesnes se ployans, Qu'il luy semble écouter les souspirs de mes peines.
Si quelque beau fleuron dessus l'herbe elle amasse Qui à l'ombre nourry fleurisse vigoureux, Qu'elle songe que peut la fraîcheur de sa grâce.
Et s'elle vient à voir quelqut; fleur fanissantc Sous les rayons bruslans du soleil chaleureux. Qu'elle pense à ma vie en amour languissante.
S'elle voit des ruisseaux couler par la prairie, Qu'elle pense les pleurs que je verse des yeux, Ains * les tristes ruisseaux par qui s'enfuit ma vie.
Si sur la branche morte elle oyt^ la tourtourellc Sans compagne gémir son veuvage ennuieux. Qu'elle pense le dueil qu'absent je fais pour elle... [30]
C'est trop chanté du tourment (|ue j'endure Pour ton amour en l'espoir d'un plaisir
1. Au neuli-e, pour se fanit, se 2. Mais bien plutôt*, (anc (L.). 5. Entend.
Futur loyer de ma peine trop dure.
li est saison ou jamais de choisir Autre chanson que des gonnes cruelles Où je lauguy sous un bourreau désir.
Tousjours des vents les violentes aisles N'efCueillent pas les arbres verdoyans, Qui sous Zephir prennent fueilles nouvelles;
Tousjours fangeux les fleuves ondoyans Ne noventpas les prez, mais en leurs rives Clairs quelquefois coulent s'éhanoyans*.
Il ne faut pas que mes chansons plaintives Durent tousjours; autre plus plaisant son Je veu mouvoir sur mes cordes captives... [42]
Langue, cesson, cessons de nous douloir; Et pour guérir et pour fléchir madame, Metons un peu mon mal h nonchaloir.
Mais quel éclair ne mourroit sous la flàme De tes deux yeux, ains- deux astres jumeaux, Oui par mes yeux éblouissent mon ame?...[l5J
Mais quelle rose en la saison nouvelle La plus vermeille égaleroit le teint Qui rit vermeille en sa joue jumelle?
Quiconque a vu de l'yvoire entrepeint D'un clair cinabre, ou des fueilles de rose Sur la jonchée, un blanc d'un rouge teint,
De son teint frais il a vu quelque chose, Mais non le vray, qui luit vermeillement , En niamte fleur sur sa face declose...[l"2]
0 bien-heureux, bouche, qui te peut voir! 0 demy-dieu, qui ta voix peut entendre ! Dieu, qui de toy le baiser peut avoir 'M... [6]
Quelle serene eut onc la voix si douce Que le doux chant qui de toy, bouche, sort, Que ma maistresse en douce alcine pousse?
Serene non, qui flatoit à la mort :
■1. S'égayant, .s'af,'itant (N.; Ga- 2. Mais Lieu plulôL". chet, Gl. : se Banoycr). 5. Catulle, LI, imitant Sappiio.
Non, elle n'a la voix dune scrcnc :
Sa voix poiiri'oit ressusciter un mort *.
Qui la verroit guider en douce peine, Encline " en bas, l'aiguille proprement, Diroit soudain : Non, elle n'est humaine ;
Elle est déesse, elle l'est vrayement.
Elle est Pallas, c'est Minerve ouvrière Qui de l'aiguille ouvre si dextrement...[l2]
Qui la verroit entre mainte pucelle Lier de fleurs un bouquet odoureux, Quand elle sied de toutes la plus belle :
Telle est Venus en ses jardins floureux (Ce diroit-il) entre les belles Grâces Liant de fleurs un houpeau' vigoureux.
Qui te verroit, maistresse, quand lu passes Parmy la ville en grave majesté, Comme d'un pas tout royal tu déplaces *,
Diroit soudain, divine gravité Telle Junon en son argien temple Marche portant sa grave déité.
Mon œil mortel rien mortel ne contemple En toy, déesse ; ô dame, si tu l'es, De déité montre moy quelque exemple.
Avoir pitié, pardonner les forfaits, Ouïr à gré la dévote prière, Ce sont vraymcnt des dieux les propres faits... [6]
Ou volez vous, abeilletes, Baisant ces fleurs vermeilletes?
Pourquoy vous amusez-vous A cueillir vostre miel doux Parmi tant de fleurs ecloses, Parmi ce tim et ces roses ,