‹ Poésies choisiesChapitre 144 sur 300 · Dans ces sortes de mots, sait facullalivemciU pour modi · texte numérisé non relu

Dans ces sortes de mots, sait facullalivemciU pour modi

avant le xvi* siècle, l't n'indique lier la rime,

souvent que la valeur de ï'e; '2. Tempes*.

ier alors sonnait é, legier, léger 5. Je m'imaginais l'embrasser

(Géuin, Yar., 153-157; maisvoy. Imparfait à forme picarde.

Paris, Saint Alexis, p. 78 et i. Malice, méchanceté* (Join-

suiv.). A l'époque de Baïf on pro- ville),

nonçait cet i quand on le prépo- 5. Ce que, quod'.

Mais quelque bien qui vaut mieux, Lorsque sa Louche elle approuche

De ma bouche, Jettant parfums précieux... [i2j

Geste divine amljrosie

Déifie Celuy qui la peut gouster ; Et nous peut ceste viande •

Si friande Du rang des hommes ouster -.

Ke m'en donne plus, maistresse,

Si déesse Tu ne te fais avec moy ; Car des dieux je ne veux estre

Dieu ny maistre.

Si ce n'est avecques toy.

La vierge est semblable à la rose ^

Qui fleurist dans un beau jardin,

Sur l'espineux rosier declose :

Elle a la rosée au matin,

La terre, l'eau, l'air, le vent doux,

Qui leur favour luy donnent tous.

Le troupeau, ny la pastourelle

Ne la viennent point approcher ;

Maint gentilhomme et damoiselle

Espère d'un jour la toucher,

1. Terme général alors, tout cots « des viandes d'esté. » Ence qui sert à l'homme pour vivre, core dans M»' de Sévigné (L). vivenda. V. Ronsard, p. 98 et 2. Oter. p. 110. Richelet appelle des abri- 3. Imité de Catulle, LXII, 39.

Ou pour la flerer en la main Ou pour s'en reparer le sein ^ .

Mais de sa branche maternelle On n'a si tost ravy la fleur Que tout ce qui estoit en elle D'amour, de grâce et de faveur, Que de tous lieux elle a voit tant, Elle pert tout en un instant.

La vierge aussi qui par megardo Laisse cueillir sa tendre fleur (Qu'il faut qu'aussi cher elle garde Et que ses yeux et que son cœur) Aussi tost perdus elle voit Les cœurs des amans qu'elle avoit.

La vierge est semblable à la vigne ^ Qui seule naist en lieu désert :

Ensemble elle a tige et racine ; Ses raisins souvent elle perd.

Nul vigneron n'en a soucy.

Nul seigneur ne s'y plaist aussi.

Mais quand sur une belle treille Le maistre la fait redresser.

Un ombrage frais à merveille Alentour elle vient pousser.

Alors dessous som pampre vert Un chacun se met à couvert... [6]

La vierge aussi tant que seulette Elle n'a point d'amy certain, Nul ne l'aime d'amour parfette, Tout son bien et plaisir est vain; Mais s'elle a quelque ami fidel, Au monde il n'est un plaisir tel...[r2]

1. Saintc-r.euvo, Tableau, \i. 59. 2. Iniiié île Catulle, LXII,4i9.

AMOI'RS DIVERSES. — I. 175

Toute gave pensée en mon cœur passagiere ' , Aussi test elle y entre aussi tost elle en sort ; Si c'est de me ravoir, je la hay coumie mort. Et de la retenir vrayment ne me chaut guiere.

L'amoureuse langueur m'est si fort coustumiere, Que ne sçachant que c'est d'aise et de reconfort, Me consoler d'espoir est me faire grand tort. Tant je liav le plaisir, tant la peine m'est chiere.

Mon cœur desespéré, fontaine de douleur, Abisme de travail, le but de tout malheur, Se nourrit de souspirs, regrets et doléance.

Le pauvre patient est certain de mourir Quand il hayt plus - cela qui le peut secourir, Haï de qui luy peut donner plus d'alegeance.

Que, fianc de passion, par la seule lecture De mes vers amoureux tu conçoyves l'amour, Delbenne, il seroit vray que la nuit fust de jour, La chaleur en hyver, en esté la froidure !

Trompe quelque apprenti; moy, rusé, je m'assure Que du fds de Venus ton cœur est le séjour : Les signes en sont clairs ; ne va point alentour, Confesse que tu sens l'amom-euse pointure.

En cet âge garny ^ de toute gentillesse, Une façon pensive, un parler à soupirs. T'accusent de servir quelque belle maistresse.

Je prévoy bien qu'Amom* et Venus et les Muses Te dicteront des vers qui, pleins de chauds désirs, Te convaincront de faux, descouvriront tes ruses.

1 . Sur les mots passagiere, 2. Plus pour le plus, guiere, chiere, voy. p. 172. 5. Pourvu '.

Maistresse, ne cherchon preuve plus souveraine A nostre affection, puis que le long espace De cinq ans ne l'a peu démouvoir de sa place, Et mille ans ne pourroient la rendre plus certaine.

Le temps en nous fuyant nos meilleurs jours emmeine, Et pource ' regardez qu'à vos yeux il ne passe N'estant bien employé, mais que pour toute grâce Ainsi qu'il nous lairra^, ne nous laisse que peine.

Rien n'est plus desplaisant que regretter son âge : On mesprise souvent ce qu'après on souhette ; Bien-heureux qui sçait prendre en temps son avantage.

Incontinent le bien en s'offrant se retire ; Ne le refuson pas : et nostre amour parfaite Et l'a^e bien-séant à ce bien nous attire.

Tout se ragaillardist en ce temps de vendange, Mais le jeu plus plaisant^ m'est amer desplaisir, Et je suis ennuie des chansons de plaisir. Où tout rit, de chagrin mon triste cœur se mange.

Que toute gayeté d'autour de moy s'estrange* : Les plaintes et les pleurs il me plaist de choisir Comme bien convenants à mon trop vain désir. Que le dueil et l'ennuy de mon costé se range,

Puis que je suis absent d'avec celle que j'aime Plus que mes propres yeux, sans qui rien je ne suis. De laquelle estant loin je suis loin de moy mesme.

Mais en ce long malheur, maistresse, ne dedagne, (Cela seul qui me reste et que faire je puis). Que mon cœur et mon ame en tout lieu t'accompagne.

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