Imité d'Ovide, Met., X, 582. ot Baif (Toinet
Clmciin aiinoit la sienne et bien diversement' Chacnn en est traittc : l'un n'avoit que tourment Sans pouvoir échauffer le cœur de sa cruelle ; L'autre tenoit la sienne enflàme mutuelle... [l2] Et s'ayant décelé l'un l'autre leur amour. Sur les rives du Clain ils s'assirent un jour A l'ombre d'un peuplier; et sonnans leurs musettes, Là Jaquin et Toinet dirent ces chansonnettes. Chacun de son amour découvrant le souci. Et commançant premier Jaquin chanta ceci :
JAQUIN.
Marion, ma douceur, plus fraîche que la rose. Plus blanche que du lis la fleur de frais éclose. Plus douce que le miel, pourroy-je plus tenir De nos gentils esbats le plaisant souvenir? Ny les baisers lascifs des tourtres* fretillardes N'aprochent des baisers de nos bouches mignardes ; Ny du lierre amy les forts cmbrassements N'egallent de nos bras les doux enlasseiiients. Je n'aime sans party- : si j'aime bien ma belle, Ma belle m'aime bien et ne m'est point rebelle. Nymphes, vous le sçavez (qui doit le sçavbir mieux?), Car vous aimez tousjours les plus sauvages lieux ; Et vous l'avez pu voir par les lieux plus sauvages Seulelte me chercher. Vous, les obscurs ombrages^ Des bois les plus lofuz, vous, antres les plus creux. Vous sçavez Ijien aussi nos plaisirs amoureux. Combien de fois lassé du jeu des amourettes M'at elle en son giron plein de fraîches tlcurettes Fait reposer la teste, et, pauvre pastoureau, A la mercy des loups j'oublioy mon troupeau ! 0, là, combien de fois, jurant les aimer mieux Qu'elle n'aimoit les siens, elle a sucé mes yeux ! Ainsi jadis Venus d'amour humaine esprise En son divin giron mignardoil* son Anchise!...[6]