A MADEMOISELLE ESPERANCE DE LA CROIX
Bien que la mort à ton bien trop contraire T'ait en un an donné plus d'un malheur, T'olant celuy duquel tu estois sœur, Ta chère mère, une fille et son frère ;
Relien tes pleurs, tes chauds soupirs fay taire : Donne relâche, ù mère, à ta douleur.
Tes yeux essuyé, allège ton doux cœur; Mè quelque fin à ta plainte ordinaire.
Les pleures-tu pource qu'ils sont là-haut, Loin des malheurs de la vie mortelle, A qui des pleurs des vivants il ne chaut?
Les penses-tu par larmes secourir ?
Ne pleure plus ; la loy de Dieu est telle : Soif tost, soit tard, nous vivons pour mourir.
EPITAPHE D'ANDRÉ NAUGER
Non tous,Nauger. non tous nous ne mourons, Non, non, la mort n'emploie sa puissance Sur nous, Nauger, qui avons l'assurance Des vers par qui vivans nous deinuurons.
Tu vis encor quand nous remémorons Tes chants bien faits ; et toy, qui de la France Eus le tombeau, de Venize naissance.
Mort, mieux que vif, vivans nous t'honorons.
Ronsard, et moy Baïf, qui ta mémoire Solennisons, ce lorier, ce lierre, (les fleurs, ce miel, ce lait, ce vin nouveau,
Ronsard soigneux de ta vivante gloire, Mov ton Baïf, né de la mesme terre.
Avec nos pleurs, donnons à ton tomlieau.