A MONSEIGNEUR DE LANSAC
Debonaire Lansac, disons-nous mal-heureux D'estre nais en ce siècle ! à mille fois heureux Ceux qui sont morts devant et ceux qui sont <à naistre. Pour ne voir les mal-heurs qu'entre nous voyons estre ! Nous, qui du sang de Christ nous vantons rachetez. Qui ne croyons qu'un dieu, quelles mechancetez Ne se font entre nous ? Hé ! le fils à son père
1. Maltinur (I\oq«ef.; Palsg., p. 2. Comp. avec Boileau, S. vin. 245; Joinville). 5. Contient 13 pièces.
Va macliiiiant la mort et le frère à son frère,
Le voisin au voisin ; il n'y a plus de foy,
On ne craint plus un dieu, l'on foule aux pies sa lov.
Comme un jeune cheval, qui sans bride et sans selle Echappé-de l'étahle, où son désir l'appelle. Puis deçà, puis delà léger se remuant.
Trotte, galope, court, bondissant et ruant : Ainsi le peu})Ie fol se mocquaiit de la bride S'égare vagabond où son plaisir le guide '. .[4o]
Lors que François paya le devoir des humains, Et qu'il mit des Gaulois le sceptre dans les mains Du bon Henri son fils, quittant cette demeure Pour passer plus heureux en une autre meilleure, La bonne paix regnoit ; et la belle saison De jeux et de plaisirs nous combloit à foison ; Les canons ne s'oioient -, ny le bruit des alarmes. Et la rouille déjà mangeoitles dures armes. Et l'iregne ^ tessiere* alentour des goussets ^ De sa toile maillée ourdissoit les filets ^ ; Des dagues se forgeoient les faucilles courbées', En des faux se changeoient les meurdrieres épées. Ce royaume paisible opulent tleurissoit, Regorgeant de tous biens ; le peuple jouissoit Des beaux dons de la paix ; la terre labourée Rendoit planté ^ de fruits au seigneur assurée. Tout estoit plein de joie et rien ne se faisoit Que noces et festins et tout jeu qui plaisoit^...[38]
Cependant que Henri du Piémont visitoit Les villes et les forts, ot qu'il ne se doutoit Ny d'assaut d'étranger, ny de trouble en la France,