‹ Poésies complètesChapitre 101 sur 127 · PAUL DE SAINT-VICTOR · texte numérisé non relu

PAUL DE SAINT-VICTOR

ravaillez, travaillez ! tout le sang de vos veines, g Brûlez-le dans l'ardeur du rêve et du désir ; Luttez, luttez ! Levez, avec des plaintes vaines, Vos yeux vers l'idéal que l'on ne peut saisir !

Pareil au laboureur qui, la tète baissée,

Marche en disant : Quand donc le repos viendra-t-il ?

— Acharné laboureur de la dure pensée,

Marche, l'œil au sillon et la main à l'outil !

Quand les champs seront prêts et faites les semailles, Et gonflés les épis que le soleil dora. — Comme un corset d'acier dont on brise les mailles, Un invisible et lourd marteau te brisera.

Déchirant l'âpre sol, sans regret, sans murmure, N'ayant pour t'égayer que ta mâle chanson, Hier tu disais : « Demain la moisson sera mûre. 9 Et c'est le moissonneur qui manque à la moisson !

Ainsi le fier artiste, à qui va cet hommage, Vient de tomber, après les luttes sans remord, En contemplant le ciel avec ses yeux de -Mage, Entrant du même pas dans la gloire et la mort !

Trente ans il avait fait large et haute sa gerbe, La cherchant, la trouvant, de sommets en sommets, Et regardant de là, dédaigneux et superbe, Les monts inférieurs qu'il ne hanta jamais!

Il montait éperdu vers Eschyle et Shakspeare, Dante et Victor Hugo l'attiraient dans l'azur. Et dans l'air enivrant que l'esprit y respire, Il s'élevait encor d'un pied toujours plus sûr.

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