A MADEMOISELLE JEANNE HUGO
enez, mademoiselle Jeanne, Tandis que les merles siffleurs Vont boire, sous le vieux platane, Au ruisseau qui rit dans les fleurs :
Dans la vérandah qui s'ajuste Au salon, merveille de l'art, Ensemble inaugurons ce buste, Le marbre blanc du grand vieillard,
— Il est pour moi! dira le monde ;
— Il est pour Jeanne! a dit l'aïeul.
C'est ainsi qu'un pouvoir se fonde, Et^souvent tout est pour un seul!
Mais l'aïeul a raison de croire Que pour ce marbre triomphant Avant le baiser de la gloire Il faut le baiser de l'enfant.
Un jour, quand, par delà les nues, Plus haut que nos soleils encor, Avec des ailes inconnues Son âme aura pris son essor;
Quand l'ombre, maintenant muette, En rayonnant lui parlera, Alors, l'image du poète, Le monde la réclamera;
Sa statue en cent lieux dressée Sera l'honneur de la cité,
— De marbre comme sa pensée, D'airain comme sa volonté;
Et les foules aux voix profondes Chanteront ce chant doux et fier, Semblable au bruit des larges ondes Qui viennent de la haute mer :