LE BUSTE DE VICTOR HUGO 2Q
« Cet homme, qu'un peuple sans nombre « Acclame d'en haut et d'en bas, « D'un siècle étincelant et sombre « A combattu tous les combats;
« Toutes les cordes de la lyre « Ont vibré sous ses doigts de fer :
« Il vit l'homme comme Shakspeare, « Et comme Dante il vit l'Enfer;
« Formidable, il avait la grâce « D'un lac sous le ciel matinal, « Mêlant au sourire d'Horace « L'âpre courroux de Juvénal,
« Marquant, dans la lutte éternelle, « Dans le calme ou les tourbillons, « Tous les grands sommets de son aile, « De son pied tous les grands sillons! »
Ainsi, mademoiselle Jeanne, Dira chaque siècle naisssant, Et moi-même je me condamne D'en affaiblir le cri puissant;
Mais vous, pour qu'une main compose Un bouquet digne de l'aïeul, Cueillez dans le jardin la rose, L'iris, le lis et le glaïeul;
Portez ces fleurs à ce génie; Devant le marbre aux sombres yeux, Dites : c'est Jeanne! — Sois bénie!
Répondra le marbre joyeux;
Et plus tard, dans ces jours de gloire Que de loin l'on doit annoncer, — Si les marbres ont la mémoire De tout ce qu'ils ont vu passer —
En regardant, marbre qui plane, La foule où Zoïle se tait, Il se dira : J'aimais mieux Jeanne Et les fleurs qu'elle m'apportait!
Juin 1870.
AU GENERAL PITTIE
oète et soldat, je t'envie :
Dans ses gloires ou ses revers, Au pays tu donnes ta vie Comme tes vers;
Sous la mitraille et sous les bombes Tu dis : nous mourrons, s'il le faut!
Et tu suis le vol des colombes Là-haut, là-haut;
Lalagé te voit sur sa trace Sous le saule et le peuplier, Mais tu sais garder mieux qu'Horace Ton bouclier;
2ÇÔ ŒUVRES COMPLÈTES
Ton luth jette ses plaintes vagues Au coteau dans l'ombre endormi, Ou parfois cause avec les vagues Comme un ami;
Mais on sent qu'il est de la taille De ton épée, et que, le jour Où l'ange noir de la bataille Aurait son tour,
La douce lyre, que naguère Ornaient les fleurs du Cythéron, Eclaterait en cris de guerre Comme un clairon !
Septembre 1882.