‹ Poésies complètesChapitre 105 sur 127 · A M. EMILE PERR1N, DIRECTEUR DU THEATRE-FRANÇAIS · texte numérisé non relu

A M. EMILE PERR1N, DIRECTEUR DU THEATRE-FRANÇAIS

'ai deux filles au monde, àpeu près du même âge: Ernestine a bientôt onze ans, et Berthe aussi(i); Toutes les deux, après grand'peine et grand dommage, Se portent bien toujours il n'en fut pas ainsi!

Ernestine, l'enfant blonde de ma jeunesse, Bien longtemps n'a semblé vivre que pour souffrir; A peine née, il faut déjà qu'elle renaisse, Cette plante si frêle avant que de fleurir!

(i) Berthe est l'héroïne du drame, La Fille de Roland.

Il me souvient qu'un jour, un mal terrible, étrange, La saisit; son grand œil de brume se couvrait; Sa mère et moi, courbés sur le lit de notre ange, Nous ne comprenions rien sinon qu'elle mourait.

C'était bien loin, là-haut, dans la sombre montagne, Et pas un médecin en ce pauvre pays, Et nous sentions l'affreuse angoisse qui vous gagne Quand les pires conseils sont les plus obéis!

A qui donc demander l'espoir que tout nous ôte? Quel remède choisir? Et lequel refuser?

Et sans doute tout bas on disait : c'est leur faute! Car on ne plaint jamais quelqu'un sans l'accuser.

Et l'enfant s'éteignait lentement, douce et blanche : Un homme, entrant soudain, dit : « allons ! bon espoir ! » Et le nouveau venu, grave encore, se penche Sur les veux de l'enfant comme sur un miroir.

« Bien! Vous la reverrez, dans sa grâce lutine! « Et nous la marierons avant quinze ans d'ici! » Voilà comment d'abord fut sauvée Ernestine; Comment Berthe le fut à son tour, le voici.

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