MES DEUX FILLES
Elle était bien malade, hélas! Ma pauvre Berthe! Des amis, j'en avais; mais pas un médecin! Leurs regards attristés disaient déjà sa perte, Et le dernier espoir se taisait dans mon sein; Fille de mon travail si longtemps endormie, Berthe, combien ton mal eut de noms différents! L'un disait : c'est la fièvre! Et l'autre : l'anémie! Et tous disaient : c'est bien la faute des parents!
Moi-même, quelquefois : « c'est la faute du père! Pensais-je, et mon orgueil mérite ces affronts. » Un homme vînt alors et dit : « poète, espère! « Berthe sera sauvée, et nous la marierons! »
0 ma belle Ernestine, o ma fillette blonde, Quand ton rire sonore ébranle la maison, Quand de rayons dorés ta paupière s'inonde Comme un lac plein d'azur qui brille à l'horizon,
Quand je sens tout l'orgueil paternel qui me gagne, Après toi sais-tu bien à qui je songe encor? Je songe au médecin de la sombre montagne, A qui je dois ta vie, enfant, mon cher trésor!
Et toi, Berthe, l'enfant de mes graves pensées, De ma rapide joie et de mon long souci, Toi si brillante après tant d'ombres traversées, Je songe au médecin qui t'a sauvée aussi.
Tous deux, les médecins d'Ernestine et de Berthe, Vous oublieront, ayant le cœur plus aguerri; Mais le père toujours garde son âme ouverte Au souvenir du mal que tous deux ont guéri !