‹ Poésies complètesChapitre 107 sur 127 · LU AU BANQUET DE L'HOTEL CONTINENTAL LE II DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LU AU BANQUET DE L'HOTEL CONTINENTAL LE II DÉCEMBRE

e soldat, regagnant sa montagne ou sa plaine, Après le dur travail qui le tint asservi,

Portant l'étoile d'or ou le galon de laine,

Répond, quand on lui dit : Qu'as-tu-fait ? — J'ai servi !

Il connut tour à tour l'angoisse et l'espérance,

Le deuil des jours amers, l'orgueil des jours vainqueurs,

Qu'en reste-t-il ? Un mot : il a servi la France !

Mais ce mot simple et fier gonfle à jamais les coeurs.

Nous aussi, combattants d'une autre grande armée, Rêveurs dont le désir n'est jamais assouvi, Amants de l'idéal dont la fièvre est calmée, Chacun de nous du moins peut dire : J'ai servi !

Chacun eut sa douleur, chacun eut sa victoire, Le plus humble a cueilli ses lauriers à son tour! Cinquante ans ont déjà passé sur notre histoire, Et l'art ne voudrait pas en effacer un jour !

Les maîtres éclatants, les conquérants sublimes, Les sonneurs de clairon, qui marchent le front nu Sous le grand ciel tonnant, bondissaient sur les cimes Et jetaient leur fanfare à quelque astre inconnu !

Les autres, plus heureux dans de moindres domaines, Au penchant des coteaux boisés venaient s'asseoir, Mêlaient leur doux génie aux tristesses humaines Et disaient leurs amours à l'étoile du soir !

Les uns, par le roman, le poème ou le drame, Ont creusé l'avenir, problème obscur encor, D'autres ont enchâssé les larmes d'une femme Dans un sonnet, moelleux écrin de soie et d'or;

Tous ont servi! Pas un, de son rang, de sa tâche, Avant le soir venu, ne songeait à partir ; Plus d'un fut malheureux, pas un seul ne fût lâche; Plus haut est le vainqueur, plus saint est le martyr !

Tous ont servi ! La France, après leur rude ouvrage, Bénit ces travailleurs unis à ses genoux ; Pareil sera l'honneur, pareil fut le courage ; L'exemple est bon : Nos fils le suivront après nous;

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