PIERRE ET JEAN
POUR LA CAISSE DES ÉCOLES DU XIe ARRONDISSEMENT
eux enfants fréquentaient l'école, unpeu par force;
Le syllabaire avait à leurs yeux peu d'appas; Les plus petits poissons prennent vite l'amorce, .Mais les petits enfants ne leur ressemblent pas!
Pierre, à peine arrivé, mettait tout en tumulte ; Déguenillé, rageur, hier comme aujourd'hui, Il jetait au hasard les cris, les coups, l'insulte, Du matin jusqu'au soir; — Jean faisait comme lui!
Les chasser?.., non, la peine aurait été trop forte ; Leurs familles étaient pauvres; il fallait donc Habiller les enfants, non les mettre à la porte; Puis, le meilleur remède est encor le pardon!
Pierre et Jean (bénis soient ces contrastes et rang Dans leur folie avaient un mérite commun : Ces deux jeunes démons s'aimaient comme deux anges, Et cette seule fleur donne à tout son parfum.
Un jour, Pierre, en entrant dans la classe, était blême; Sur son corps presque nu courait un long frisson, Et le maître, rêvant à quelque stratagème, Dit à l'enfant d'abord : « Récite ta leçon.
« La cause de ton mal sans peine se démêle : « Ce sont les vêtements horribles que voici, « Ce sont tes bas troués, tes souliers sans semelle, « Ta casquette sans fond, et tout le reste ainsi !
« Eh bien, nous avons là ta garde-robe prête,
« Des habits neufs et chauds comme une peau d'ourson ;
« Nous allons t'habiller des pieds jusqu'à la tète;
« Seulement, cède un peu; commence ta leçon! » —
« Je ne veux pas! Jamais ! » répond Pierre. Le maître, Grave, mais indulgent pour le pauvre insoumis, Dit à tous les enfants : « Quelqu'un de vous peut-être « Pour lui voudra gagner tout ce que j'ai promis?
« Si l'un de vous s'engage à savoir la grammaire,
« A se conduire bien pendant un mois entier,
« Pierre sera ce soir habillé comme un maire
« Et sera dans huit jours joufflu comme un rentier! »