‹ Poésies complètesChapitre 12 sur 127 · PIERRE ET JEAN · texte numérisé non relu

PIERRE ET JEAN

Le maître avait raison de parler de la sorte, Mais on le comprit mal d'abord ; je sais pourquoi; Des écoliers tout bas murmuraient : « Peu m'importe « QuePierreaitdeshabitstoutneufs!Chacunpour soi! »

Jean seul avait compris — l'amitié nous éclaire! — D'un ton à demi fier et modeste à demi : « Monsieur, je ferai tout ce qui pourra vous plaire, ff Dit-il; c'est ennuyeux! mais Pierre est mon ami. »

Ce qui fut dit fut fait. Au bout d'un mois à peine Jean était un modèle accompli, me dit-on ; L'exemple, même bon, aisément nous entraîne; Pierre à son tour devint sage comme Caton.

Ce n'est pas tout : la classe entière devint sage; On eût dit des oiseaux sommeillant dans la nuit; Jamais des députés n'ont fait moins de tapage ! Jamais des sénateurs ne firent moins de bruit!

Amis, l'exemple est bon à tous tant que nous sommes, EL, sans craindre un sourire incrédule ou railleur, Imitons cet enfant, car même pour les hommes C'est l'esprit fraternel qui rend l'esprit meilleur!

Soyons sages, pour ceux qui le sont moins peut-être. Aimons-les d'un élan utile et généreux; Devinons leur angoisse, et faisons-leur connaître Tout le prix du travail, en travaillant pour eux!

A ceux que le malheur a saisis dans sa trame, Que leur faute ou la nôtre a longtemps abattus, Sans cesse prodiguons mieux que notre or : notre âme, Et de nos dévoûments faisons-leur des vertus!

Décembre 1877.

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