‹ Poésies complètesChapitre 122 sur 127 · LE COMMERÇANT · texte numérisé non relu

LE COMMERÇANT

Puisque ce peuple, ô Christ, pour repousser ta loi,

Lève son bras féroce, Il verra succéder aux hommes de la foi

Les hommes du négoce.

Ce peuple a dit longtemps : « Qu'ils appportent de l'or !

Que pour nous ils l'amassent!

Que les lingots pesants, demain, toujours, encor,

Dans nos palais s'entassent !

« A vous le thé, la laque et les tissus légers!

Venez l'un après l'autre ; A nous rien que de l'or! Tout l'or des étrangers !

Nous garderons le nôtre !

« Mais ne laissons jamais le Barbare aux yeux bleus (i)

Pénétrer dans nos villes, Et brûlons sans pitié les comptoirs orgueilleux

De ces nations viles! »

Eh bien, peuple ennemi du commerce fécond, Au commerce fatal tes portes s'ouvriront ! L'opium est entré dans tes mille provinces; Partout, dans la pagode et le palais des princes; Tes juges aux yeux lourds, en leur vague torpeur, Respirent l'enivrante et stupide vapeur, Et le guerrier lui-même avec peine soulève Ses membres énervés par les spasmes du rêve !

Ah ! détournons les yeux d'un spectacle pareil, Arrachons l'Orient à ce lâche sommeil, Poursuivons, malgré lui, notre grande entreprise, Et ses portes qu'il veut nous fermer, — qu'on les brise !

[1). On connait l'horreur du Chinois pour les yeux bleus de l'Européen.

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