‹ Poésies complètesChapitre 123 sur 127 · LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT

Partez, puisqu'il le faut, pour ce monde inconnu, Soldats français ; le jour de l'épée est venu !

Soldats, la cause est bonne et juste la conquête; Avec cet étendard qui flotte à votre tête

L'esprit chrétien prend son essor; Vous êtes, aujourd'hui comme dans un autre âge, L'honneur, le dévoûment, la force, le courage...

Vous êtes la pensée encor!

Ta plus puissante armée, ô France, c'est ton âme! Ce n'est pas seulement le soldat qu'on acclame

Et qui part les yeux pleins d'éclairs; C'est l'écrivain habile à raconter nos gloires, Le poète qui met au front de tes victoires

Le diadème de ses vers;

C'est le savant qui veille et qui cherche sans cesse; C'est le législateur qui plie avec sagesse

Tes forces à la même loi ; C'est l'orateur par qui s'explique ton génie, C'est toute âme qui vibre à ta grande âme unie;

Ton armée, ô France, c'est toi !

Vous avez, drapeaux de la France, Sans vous reposer un seul jour, Porté la crainte ou l'espérance A tous les peuples tour à tour; Partout, dans ce siècle homérique, Sur le berceau de l'Amérique Qui naissait pour la liberté, Sur Milan, sur les Pyramides, Sur le désert des rois Numides, Vos plis illustres ont flotté;

Hier, l'armée aux huit bannières Fuyait devant vous à grand bruit.

Comme rentrent dans leurs tanières Des loups que le lion poursuit; Le roi tartare et ses esclaves Sont tombés et tombés en braves Sous les feux croisé du canon; La vaste conquête commence; A nous de cet empire immense Les immenses richesses... Non !

Non, nous n'apportons pas le deuil et l'esclavage A ces peuples courbés sous un fardeau de plus; France, tu rougirais d'un triomphe sauvage, Ton nouveau cri de guerre est : Bonheur aux vaincus!

j66 ŒUVRES COMPLÈTES

De vos blêmes tyrans, de leurs sanglants caprices, Nous vous délivrerons, peuples près de périr, Et nous délivrerons vos tyrans de leurs vices : Ceux qui souffrent, d'abord, puis ceux qui font souffrir !

Ce que nous t'apportons, sombre et muette Asie, C'est noire foi, chez toi ravivant son flambeau. L'esprit de liberté, la mâle poésie, Nos sciences, un art plus puissant et plus beau.

La dignité par qui le faible se redresse,

La fermeté du cœur que la vertu défend ;

Ce que nous t'apportons, c'est l'esprit de tendresse,

Le respect de la femme et l'amour de l'enfant!

Regardez donc! Dieu se dévoile; 11 vous parle, écoutez sa voix; Debout, peuples! Suivez l'étoile, Comme vos Mages autrefois !

Hâtez-vous, tandis qu'elle brille!

Rentrez dans la grande famille, Rentrez dans le meilleur chemin ; En marche, esclaves de la veille !

Et louez Dieu qui vous réveille Et vous délivre par nos mains!

LA FIEVRE VERTE

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