‹ Poésies complètesChapitre 124 sur 127 · POUR UN CANDIDAT A L ACADEMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

POUR UN CANDIDAT A L ACADEMIE FRANÇAISE

JMffl llez-vous mieux, mon bon ami?

La nuit n'a pas été mauvaise?

Avez-vous quelque peu dormi?

J'en suis fort aise.

Vous êtes morne cependant Comme un Chinois mis à la cangue :

Qu'avez-vous donc fait d'imprudent?

Voyons la langue!

Hélas! je vous dois sans façon Faire part de ma découverte :

Vous avez, mon pauvre garçon, La fièvre verte ;

Œil vitreux, angoisse, langueur, Pouls capricant, soif dévorante; Le thermomètre sur le cœur Monte à quarante !

Consultez-moi donc... Plus d'orgueil, Confrère! et pour m'ouvrir votre âme, Installez-vous sur ce fauteuil...

Sans épigramme!

Dites d'abord au médecin Par quelle bizarre aventure Vous avez conçu le dessein Qui vous torture

Vous avez bu, je le pensais, Ayant écrit plus d'un beau livre, A cette coupe du succès Dont on s'enivre;

Un jour, en côtoyant le mur De l'Institut qui nous invite, Vous avez dit : « Le fruit est mûr, « Cueillons-le vite! »

Vous avez cru, hâtant le pas Et voyant la porte entr'ouverte, Qu'une palme ne compte pas Qui n'est pas verte !

LA FIÈVRE VERTE 369

Noble duel! Vaillant soldat!

Courage dont je m'émerveille!

Homme on s'endort, et candidat L'on se réveille!

Allons! avant l'aube debout!

Quitte tes mœurs de patriarche; Ici, là-bas, plus loin, partout, En marche! en marche!

Allons! ne perds pas un moment!

Fais des visites, mon bonhomme!

Tu trouveras cela charmant, Si l'on te nomme!

Calme ton sang impétueux, Et pour tes juges, je t'en prie, Sois modeste et respectueux Sans flatterie;

Au milieu d'un embarras tel On se trouble, on barbotte, on cherche, Heureux encor si l'Immortel Vous tend la perche!

C'est un brave homme, il vous la tend; Mais trop peu de mots il dépense, Et l'on ne sait rien en sortant De ce qu'il pense;

Soudain, par une juste loi, On se souvient, terreur suprême!

D'avoir écrit je ne sais quoi Contre lui-même,

D'avoir déchiré ses rideaux, Cassé ses vitres et ses tringles, Ou même enfoncé dans son dos Quelques épingles!

On dit alors : Quel traquenard !

Dois-je croire qu'il s'en souvienne?

Sans doute : il a l'œil du renard Et de l'hyène!

La vérité, c'est qu'il songeait, Tandis que nous prenions des poses, Que Saint-Germain et le Bourget Sont pleins de roses...

N'importe! Il faut un cœur d'airain Pour accomplir pareille tâche, Et qui le fait d'un front serein N'est point un lâche!

Journaux et salons, tour à tour, De nos vertus font le triage, On nous épluche comme pour Un mariage!

LA FIEVRE VERTE

Eh bien, malgré cela, mon cher, Marchez, luttez, vaille que vaille ; Il est bon de respirer l'air De la bataille;

Si vous triomphez cette fois, — Mais non, ce doute vous irrite — Vous penserez : « Je ne le dois « Qu'à mon mérite! »

Si votre rival triomphait, Vous diriez sans baisser l'oreille :

« C'est contre moi seul qu'on a fait Chose pareille ! »

Courage donc ! soyez nommé !

Vos rivaux et vous, restez calmes!

Le doux soleil du mois de mai Verdit les palmes ;

Et puissé-je, moi qui souris, Mais qu'affligerait votre perte, En vous soignant n'avoir pas pris La fièvre verte!

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