‹ Poésies complètesChapitre 125 sur 127 · LE PERRON D'ACIER · texte numérisé non relu

LE PERRON D'ACIER

(a l'académie française)

Ens el perron a Ais te fis-je essaier.

RïNAUD DE MûNTAUBAN.

ans le palais de Charlemagne, Devant le donjon suzerain D'où plane au loin sur la campagne Un aigle d'or aux pieds d'airain,

Près de la superbe chapelle Haute et blanche comme un glacier, Était ce bloc que l'on appelle En vieux style Perron d'acier.

Quand la guerre était annoncée Contre Hunald ou Gaïfer, Venaient là, visière baissée, Les chevaliers vêtus de fer;

Chacun d'eux, tirant son épée, En frappait le perron, pour voir Si la lame était bien trempée Et pourrait faire son devoir:

Et toute épée, ancienne ou neuve.

Devant le juge féodal, Était soumise à cette épreuve, Même Joyeuse et Durandal!

Un jour Ogier brisa la sienne Sur le bloc de telle façon Que Roland dit : « Qu'il te souvienne De férir ainsi le Saxon! »

Parfois un clerc, vêtu de serge, Venait, d'un bras tremblant encor, Essayer l'épée encor vierge Devant les pairs aux cimiers d'or:

S'il s'arrêtait, avec ces larmes Que le doute met dans nos yeux, Le duc Xayme, le juge d'armes, Disait : « Plus tard tu feras mieux;

« L'armure est haute pour ta taille, « L'épée est lourde pour ton bras, « Mais va sans peur à la bataille « Et sans honte tu reviendras! »

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