‹ Poésies complètesChapitre 19 sur 127 · LES ILES DE SANTORIN · texte numérisé non relu

LES ILES DE SANTORIN

Le volcan courroucé, monstrueuse fournaise, Indomptable élément quand arrive son jour, Brisant de toutes parts sa voûte qui lui pèse, Envahit la mer à son tour;

Sur les flots lourds et noirs court un fleuve de soufre, Des rochers enflammés se heurtent dans les airs, Un tonnerre incessant gronde au fond de ce gouffre, Et ce n'est pas du ciel que viennent les éclairs ! Tremblez, humains ; tremblez, les faibles et les braves ; Vos vaisseaux effrayés cherchent en vain le port, Partout la cendre pleut, partout montent les laves, Partout le vertige et la mort !

Regardez : du volcan s'épuise enfin la rage. Et la mer, bouillonnante au loin, se calme aussi; Regardez : quel est donc là-bas, près du rivage, Cet amas de rochers inconnu jusqu'ici?

C'est une île nouvelle, une fille des ondes, Comme Rhodes, Délos et l'antique Anaphé; Elle s'élève, noire, au sein des eaux profondes Où le volcan a triomphé;

Ce n'est qu'un sombre amas de lave encor fumante; Les hommes cependant vont accourir bientôt; Travailleurs oublieux de l'affreuse tourmente, Pour rebâtir leur nid prenant ce noir îlot,

Mettant là leur espoir, leur vie et leur fortune, Fertilisant un roc sur des flots incertains, Ils chasseront loin d'eux cette crainte importune : Les cratères sont-ils éteints?

C'est là ton imprudence, et c'est aussi ta force, Humanité changeante où tout tressaille et bout; Ces volcans qui du globe ouvrent la rude écorce, Tes révolutions leur ressemblent partout ; L'inextinguible feu, l'éternelle géhenne, Sous ta gloire et ta joie et tes mille splendeurs, Sans cesse alimenté par quelque sourde haine, Travaille dans tes profondeurs !

Tout à coup, un bruit sourd, comme une plainte im-

[mense], Frappe le genre humain et s'accroît lentement : Bientôt l'éruption formidable commence, Est-ce la mort qui vient? Est-ce un enfantement? Nous l'ignorons, et Dieu le veut ainsi peut-être, Et 1 "homme, épouvanté dans l'obscur ouragan, Songe à fuir son destin plutôt qu'à le connaître ; Fuir!... où fuir? partout le volcan !

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Il est partout, partout flambe sa gerbe énorme ; Contre le feu vainqueur nul abri, nul secours ; Il vient, changeant parfois de cratère et de forme; Mais tant qu'il n'a pas fait son œuvre, il vient toujours ; Révoltés, conquérants, envahisseurs sauvages, Que ce soit Alaric, que ce soit Attila, Que ce soit Mahomet, pour les mêmes ravages C'est Dieu qui tous les appela !

Obéissant à Dieu, sans remords et sans joie, Inflexible et muet, chacun vient à son jour, Et quand il a passé sur les peuples qu'il broie, Quelque chose de grand a péri sans retour; Quand le volcan s'est tu, sous le ciel encor sombre, Ici que voyons-nous après ces longs combats? C'est un peuple, une race, un royaume qui sombre... Mais aussi que voit-on là-bas?

C'est un nouveau royaume, une terre nouvelle, Fille de ce volcan d'où plus d'une sortit ; Et les hommes déjà, s'empressant autour d'elle, Oubliront dès demain celle qui s'engloutit; Ils fertiliseront ce sol qui vient de naître, Sans songer au passé, sans jamais s'enquérir Si le volcan, plus tard, un jour, bientôt peut-être, Soudain ne doit pas se rouvrir!

Que dis-je?... vain regret! Et plus injuste blâme! N'ôtons jamais l'espoir aux hardis travailleurs ;

Quand une illusion sert à relever l'âme, Bénissons-la toujours... que savons-nous d'ailleurs? Le volcan, il est vrai, toujours s'agite et gronde, Bien perfide est Fabîme où flottent nos destins, Mais peut-être le jour doit devenir, où le monde N'aura que des volcans éteints!

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