‹ Poésies complètesChapitre 29 sur 127 · LES AMIS DE LA FRANCE IO · texte numérisé non relu

LES AMIS DE LA FRANCE IO

Enfin, Dieu nous frappa, la Prusse fit son œuvre Et Paris tout à coup vit venir la couleuvre. Plusieurs dirent : Paris et la France ont vécu ! Yvan et ses amis, à leur rôle fidèles, Tels qu'après les beaux jours un essaim d'hirondelles, S'assemblèrent avant de fuir loin du vaincu.

C'était dans un salon, non loin des Tuileries ; Un long festin, les gais propos, les railleries, Les avaient animés, sans ivresse d'ailleurs. A la fin du repas, Yvan saisit son verre Et cria : « Mes amis, le temps devient sévère; Imitez-moi, partons pour des climats meilleurs!

« Adieu, France! Pourtant, s'il faut qu'on t'abandonne, Belle France, il convient aussi qu'on te pardonne; 0 peuple, souverain sans la grâce de Dieu, Tu nous as fait passer assez d'heures charmantes Pour que dans ton malheur nos âmes soient clémentes ! Nous sommes trop vengés. Le ciel te sauve ! Adieu. »

Un rire universel approuva ces paroles.

Un seul ne riait pas parmi ces têtes folles;

Il écoutait, pensii, ce qui se disait là; C'était un journaliste, un Russe, un diplomate, Presque républicain, encore aristocrate.

« Eh bien, lui dit Yvan, qu'as-tu, Mickaïla?

« — Ce que j'ai.- répondit Mickaïla, j'ai honte! Et pour vous la rougeur au visage me monte! De quel temps sommes-nous, de quel limon pétris, Quel vertige a passé sur le siècle où nous sommes, Pour que vous insultiez, soldats et gentilshommes, Cette reine, la France! et ce soldat, Paris!

« Mais non! Dans ses malheurs, lamentable prodige, Vous croyez le haïr, et vous l'aimez, vous dis-je! Vous souffririez bientôt de ce lâche abandon; Cette France livrée, et trahie, et meurtrie, Est pour nous maintenant la seconde patrie, Vous n'en trouveriez pas une autre; restez donc!

« Mieux encore : j'ai mis en vous une espérance; Fondons la légion des Amis de la France; J'ai déjà préparé des statuts et le plan ; L'uniforme sera charmant : vareuse brune Avec brandebourgs noirs, la coupe peu commune, Costume simple et grave; il t'ira bien, Yvan!

« Croyez-moi, combattons pour la France, oui, pour elle Nôtre serait sa mort, nôtre soit sa querelle!

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