LES AMIS DE LA FRANCE
Si quelqu'un veut tenir l'enjeu, voici ma main. — Pardieu ! répond Yvan avec un fier sourire, Tu dis qu'il faut se battre, et cela doit suffire! Donc, Amis de la France, aux armes dès demain! »
Ce qui fut dit fut fait. Indifférent la veille, Le cœur s'émut soudain devant cette merveille : Paris ressuscité par la mort qui venait! Ils virent ses palais changés en forteresses, Ses enfants en soldats, et toutes ses ivresses En un calme terrible où l'héroïsme nait!
Ils virent les vainqueurs et leur mille cohortes, Qui, superbes, croyaient que les murs et les portes Allaient crouler soudain au vent de leurs clairons, S'arrêter, et Paris, où pas un cœur ne tremble. Leur dire : « A Jéricho peut-être je ressemble : Cherchez un Josué d'abord, nous l'attendrons. »
Ils l'ont cherché longtemps! — O gloires retrouvées, Noble ville parmi les grandes éprouvées, Qui dira ta beauté dans ton immense deuil? Rome, Jérusalem et Sagonte et Carthage N'ont eu que la pitié de l'histoire en partage, A toi l'hymne éternel de justice et d'orgueil !
IOÔ ŒUVRES COMPLÈTES
Dans cette légion généreuse et stoïque,
Entre tous ces héros Yvan fut héroïque ;
Il supporta les nuits du bivouac et la îaim,
Le froid dans les bois noirs, sous la neige et le givre,
L'odeur lourde du sang dont le cerveau s'enivre,
L'horreur de vingt combats, ce qui fait l'homme enfin !
Le mois suivant, après ces luttes inégales, Près du plateau d'Avron il tomba sous les balles; On le porta, mourant presque, jusqu'à Paris, Au foyer d'un théâtre, à présent ambulance. Quand il se réveillait, la nuit, dans le silence, Ses regards se perdaient sous de vagues lambris :
Partout, autour de lui, dans les espaces sombres, Des bustes se dressaient, jetant de larges ombres; Ils étaient là, rangés sur des socles pareils, Tous les maîtres du drame et de la comédie, Par qui fut tour à tour notre scène agrandie, Dans la sérénité des glorieux sommeils!
Comme pour consoler les lentes agonies, Ces images de marbre étaient là réunies; Et les pâles blessés, dans leur rêve fiévreux, Croyaient voir, aux lueurs profondes du délire, Molière les pleurer, Corneille leur sourire, Et Voltaire attendri pencher son front sur eux,