THÉÂTRE DE NANCY
[rêve.] ls partent. Leur bonheur fut plus grand que leur Ils ont vu leur triomphe et l'ont trouvé trop beau, Pareils à l'Océan qui, dépassant la grève, Recule, heureux encor d'en garder un lambeau;
Ils partent. Nous pouvions attendre une autre fête, La victoire infidèle ayant plus d'un retour; Mais nous qui n'aurions pas insulté leur défaite, Nous n'insulterons pas leur victoire d'un jour.
La France peut les voir sans étaler sa joie, Ces flux et ces reflux qu'elle a connus souvent; Elle sait que toujours, abandonnant leur proie,' Les flots changent de lit lorsque change le vent!
Aujourd'hui, nous pouvons, dans ce deuil éphémère, Trouver un autre espoir plus grave et plus pieux, Et lorsque Dieu permet que l'on frappe la mère, Ce n'est pas sans dessein : le fils l'aimera mieux!
Nous l'aimions pour sa force et pour sa gloire ancienne. Pour ces jours éclatants, dont nos yeux sont remplis, Où l'histoire du monde a tenu dans la sienne : Pour Fontenoy, Fleurus, Ulm, Arcole, Austerlitz.
Aimons-la maintenant pour sa fière blessure, Pour ses traits ennoblis par le sillon des pleurs, Pour son angoisse horrible à l'heure de l'injure, Pour cet enfantement de ses derniers malheurs!
Aimons-la maintenant pour ces jours de sagesse Où, tous les cœurs français battant à l'unisson, Où, chacun, sans compter, prodiguant sa richesse, La prisonnière auguste a payé sa rançon!
De l'or et non du fer? — Ce n'est pas sa coutume. Mais la force d'un peuple a des aspects divers, Et c'est une autre gloire, au sein de l'amertume, Quand l'or des temps heureux peut payer les revers.
Les revers sont payés. Chacun a fait sa tâche. Plus rude elle parut, plus vite on triomphait; Nos chefs disaient : « Courage! A l'œuvre sans relâche, Il faut que cela soit !» — Et c'était déjà fait;