ANNIVERSAIRE DE CORNEILLE I
Où le cœur prend son vrai soutien; Sainte clémence du martyre!
Leur voix ne montait que pour dire :
Je suis chrétien ! je suis chrétien!
0 leçons du présent dont le passé s'éclaire! Combat mystérieux du crime et de la loi! Sombre agitation de l'état populaire!
Qui jamais les comprit, Corneille, mieux que toi?
En retrouvant tes tragédies, Nous reconnaîtrons ces fureurs, Ces cris, ces deuils, ces incendies, Ces désespoirs et ces terreurs; Nous nous rappellerons ces heures Où dans nos brûlantes demeures, Serrant nos enfants dans nos bras, Nous pensions : un moment encore, Et cette flamme les dévore Si le fer ne les brise pas!
Puis, admirant le Cid, l'œuvre d'espoir, ô maître, Nous songerons, à peine au désastre échappés, Que nous avons aussi nos héros, et peut-être Que Dieu n'a pas tout dit pour nous avoir frappés!
Non, non; la France vit encore, Elle a deux poignards dans le flanc Mais, la source étant pure encore, France, il te reste assez de sang!
Tes forces reviendront entières Par le travail des âmes fières, L'honneur, le devoir, la vertu; Qu'un mâle espoir nous aiguillonne :
Comme on redresse une colonne On relève un peuple abattu!
Soldats, chefs du pays, vous, le droit, la justice, 0 d'un État penchant inespéré secours (i), Le ciel vous doit, après l'œuvre libératrice, Des triomphes nouveaux avec de nouveaux jours
Qui sait, après la délivrance, Ce que nous réservent les deux?
Qui sait? Nous referons la France A l'exemple de nos aïeux!
Malgré l'erreur, malgré le doute, Les destins trouveront leur route, Et quand ce jour promis viendra, Nous serons tous de la ramille Du Cid, d'Horace et de Camille :
Corneille nous reconnaîtra!
(i) corneille, Horace.